Pour ne pas les oublier

Cette page est dédiée à des écrits lumineux et hors pair de nos disparus

Jacques Lacoursière 1932 - 2021 proposé par Lorraine Charbonneau le 23 juillet 2022

Jacques Lacoursière (1932-2021)

par André Duchesne, paru le 1er juin 2021 dans la Presse


Expert et vulgarisateur de l’histoire du Québec, Jacques Lacoursière a connu une carrière exemplaire et atypique (il était autodidacte). Il a publié plusieurs ouvrages et a été récompensé de nombreux prix, distinctions et doctorats honorifiques. Il a beaucoup collaboré avec son ami, Denis Vaugeois, en autres, en publiant les cinq volumes d’Histoire populaire du Québec. Publié aux éditions du Septentrion, cet ouvrage fut un succès de librairie avec environ 150 000 exemplaires vendus.

«Jacques a été mon élève à l’École normale de Trois-Rivières» a raconté M. Vaugeois. «Après une visite aux archives nationales, Jacques a eu la piqûre. L’histoire du Québec a occupé le reste de sa vie». «Un homme visiblement doué», lorsqu’on demande à M. Vaugeois de nous le décrire, «avant d’être un historien, Jacques était un littéraire, lorsque je suis allé chez lui la première fois, j’ai été soufflé par son extraordinaire bibliothèque. Il avait une belle plume, une mémoire fabuleuse et une intelligence exceptionnelle».

À la radio, à la télévision, dans les journaux et sur le web, les historiens sont plus nombreux que jamais à avoir investi le domaine de la vulgarisation historique. «Jacques Lacoursière avait compris, lui, que l’éducation historique pouvait passer non seulement par les universités mais aussi par les médias et par des ouvrages de vulgarisation», écrit Myriam Wojcik, historienne en chef de l’émission Kébec.

L’inventaire des archives de Jacques Lacoursière a été fait au cours des dernières années. Le Fonds Lacoursière a été déposé à la succursale de Québec de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Source: https://www.lapresse.ca/arts/2021-06-01/jacques-lacoursière-1931-2021/un-grand-historien-s-eteint-php

Source de la photo: https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Lacoursière

Marie-Claire Blais 1939 -2021 proposé par Lorraine Charbonneau - le 1er décembre 2021

Texte tiré de l’Encyclopédie Canadienne, mis à jour par Audrey Harvey et Andrew Mcintosh et publié aujourd’hui le 1er décembre 2021. Marie-Claire Blais est la première femme honorée sous cet onglet "Pour ne pas les oublier"

Auteure canadienne des plus connues et étudiées, elle a près d’une cinquantaine d’ouvrages à son actif. Fière militante de la francophonie, son œuvre explore, entre autres, les thèmes de la violence, de la révolte et de la haine.

Marie-Claire Blais œuvre aussi comme auteure dramatique et poète. Ses romans sont étudiés un peu partout dans le monde francophone, mais aussi anglophone. Son œuvre est comparé à celui de Virginia Woolf, de William Faukner et même de Fedor Dostoïevski.

Lorsque Marie-Claire Blais reçoit un doctorat honorifique de l’Université d’Ottawa, le Sénat de l’université mentionne dans son éloge que «l’écriture de Marie-Claire Blais possède une violence qui n’est ni gratuite, ni complaisante, et non plus exhibitionniste. Son lyrisme très personnel lui permet d’aller au-delà des apparences superficielles et de révéler une enfance solitaire ou remplie d’abus, une perte d’innocence, mais aussi une grande tendresse.»

La richesse et l’abondance dans ses romans, la musicalité de sa poésie et la qualité exceptionnelle des dialogues écrits ont gagné la reconnaissance du public, de ses pairs et du monde littéraire.

Marie-Claire Blais est l’une des rares écrivaines canadiennes à avoir remporté quatre prix littéraires du Gouverneur général et la première et seule francophone à avoir remporté le prix Matt-Cohen de la Société d’encouragement aux écrivains du Canada. On lui a décerné plusieurs prix importants, dont le prix Gilles-Corbeil de la Fondation Émile-Nelligan, attribué à tous les trois ans pour l’ensemble d’une œuvre.

Membre de l’Ordre du Canada et de l’Ordre national du Québec, chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres de France, elle est la première auteure nord-américaine à avoir été invitée à se joindre à la prestigieuse Académie royale de la langue et de littérature française de Belgique.

Une photographie de l’écrivaine prise en 1978 par le photographe canadien Sam Tata est exposée dans la collection permanente du Musée des beaux-arts du Canada.

Charles Aznavour 1924 -2018 proposé par Lorraine Charbonneau - le 2 octobre 2021

Tiré du texte de Mélanie Marquis dans La Presse canadienne en date du 2 octobre 2018 le lendemain du décès de Monsieur Aznavour à 9h39. Trois ans déjà !!!!


L’histoire d’amour entre Charles Aznavour et le Québec ne date pas d’hier. En 1948, environ deux ans après avoir été remarqué par Édith Piaf, il débarque au cabaret montréalais Au Faisan doré, où il présente avec le pianiste Pierre Roche une série de spectacles pendant environ un an et demi. Il se liera également d’amitié avec d’autres chanteurs québécois, dont Jacques Normand et Monique Leyrac.


C‘est à partir de ce moment que décolle la carrière nord-américaine d’Aznavour, alors qu’elle tarde de prendre son envol de l’autre côté de l’Atlantique.


Né en France de parents arméniens en 1924, Charles Aznavour finira par connaître la gloire au début des années 60 dans l’Hexagone, après un passage mémorable à l’Alhambra de Paris en 1957, où il a fait un tabac notamment grâce à la chanson «Je me voyais déjà…». Mais toujours Charles Aznavour reviendra au Québec. «Je suis arrivé comme un maudit Français mais très très vite je suis devenu presque un Québécois», disait-il en recevant l’insigne d’officier de l’ordre national du Québec en 2009.

Cette année-là, l’Université de Montréal lui avait également attribué un doctorat honorifique pour son «apport à la culture francophone».

En plus de six décennies de carrière, Aznavour s’est vu plus souvent qu’à son tour en haut de l’affiche au Québec. Il a fait une tournée d’adieu en 2002. Il récidivait en 2005 et encore en 2008 à l’occasion du 400e anniversaire de la ville de Québec. Robert Charlebois qui assistait à la cérémonie, avait fait l’éloge du chanteur français qu’il considérait comme son «parrain du showbusiness».


On peut aisément reconnaître qu’entre Aznavour et le Québec, il y a eu une longue histoire d’amour!

Georges Brassens 1921-1981 proposé par Dominic-F. - Rochefort le 21 août 2021

Les Copains d'abord

Non, ce n'était pas le radeau

De la Méduse, ce bateau,

Qu'on se le dis' au fond des ports,

Dis' au fond des ports,

Il naviguait en pèr' peinard

Sur la grand-mare des canards,

Et s'app'lait les Copains d'abord

Les Copains d'abord.


Ses fluctuat nec mergitur

C'était pas d'la littératur',

N'en déplaise aux jeteurs de sort,

Aux jeteurs de sort,

Son capitaine et ses mat'lots

N'étaient pas des enfants d'salauds,

Mais des amis franco de port,

Des copains d'abord.

C'étaient pas des amis de lux',

Des petits Castor et Pollux,

Des gens de Sodome et Gomorrh',

Sodome et Gomorrh',

C'étaient pas des amis choisis

Par Montaigne et La Boeti',

Sur le ventre ils se tapaient fort,

Les copains d'abord.


C'étaient pas des anges non plus,

L'Evangile, ils l'avaient pas lu,

Mais ils s'aimaient tout's voil's dehors,

Tout's voil's dehors,

Jean, Pierre, Paul et compagnie,

C'était leur seule litanie

Leur Crédo, leur Confitéor,

Aux copains d'abord.


Au moindre coup de Trafalgar,

C'est l'amitié qui prenait l'quart,

C'est elle qui leur montrait le nord,

Leur montrait le nord.

Et quand ils étaient en détresse,

Qu'leur bras lancaient des S.O.S.,

On aurait dit les sémaphores,

Les copains d'abord.


Au rendez-vous des bons copains,

Y'avait pas souvent de lapins,

Quand l'un d'entre eux manquait a bord,

C'est qu'il était mort.

Oui, mais jamais, au grand jamais,

Son trou dans l'eau n'se refermait,

Cent ans après, coquin de sort !

Il manquait encor.


Des bateaux j'en ai pris beaucoup,

Mais le seul qui'ait tenu le coup,

Qui n'ait jamais viré de bord,

Mais viré de port,

Naviguait en père peinard

Sur la grand-mare des canards,

Et s'app'lait les Copains d'abord

Les Copains d'abord.

John Lennon 1940-1980 proposé par Lorraine Charbonneau le 19 juillet 2021

Imagine

Imagine qu’il n’y a aucun paradis

C’est facile si tu essaies

Aucun enfer au-dessous de nous

Au-dessus de nous, seulement le ciel

Imagine tous les gens

Vivant pour aujourd’hui…

Imagine qu’il n’y a aucun pays

Ce n’est pas dur à faire

Aucune cause pour laquelle tuer ou mourir

Aucune religion non plus

Imagine tous les gens

Vivant leur vie en paix

Tu peux dire que je suis un rêveur

Mais je ne suis pas le seul

J’espère qu’un jour tu nous rejoindras

Et que le monde sera uni

Imagine aucune possession

Je me demande si tu le peux

Aucun besoin d’avidité et de faim

Une fraternité humaine

Imagine tous les gens

Partageant le monde entier

Tu peux dire que je suis un rêveur

Mais je ne suis pas le seul

J’espère qu’un jour tu nous rejoindras

Et que le monde sera uni

Raymond Lévesque 1928-2021 proposé par Gérard Olivier, Hélène Turmel et Lorraine Chrbonneau à peu près en même temps

Quand les hommes vivront d'amour

Il n'y aura plus de misère

Et commenceront les beaux jours

Mais nous nous serons morts, mon frère

Quand les hommes vivront d'amour

Ce sera la paix sur la terre

Les soldats seront troubadours

Mais nous nous serons morts, mon frère

Dans la grande chaîne de la vie

Où il fallait que nous passions

Où il fallait que nous soyons

Nous aurons eu la mauvaise partie

Quand les hommes vivront d'amour

Il n'y aura plus de misère

Et commenceront les beaux jours

Mais nous nous serons morts, mon frère

Mais quand les hommes vivront d'amour

Qu'il n'y aura plus de misère

Peut-être songeront-ils un jour

À nous qui serons morts, mon frère

Nous qui aurons aux mauvais jours

Dans la haine et puis dans la guerre

Cherché la paix, cherché l'amour

Qu'ils connaîtront alors mon frère

Dans la grande chaîne de la vie

Pour qu'il y ait un meilleur temps

Il faut toujours quelques perdants

De la sagesse ici-bas c'est le prix

Quand les hommes vivront d'amour

Il n'y aura plus de misère

Et commenceront les beaux jours

Mais nous serons morts, mon frère


Paroliers : Raymond Levesque

Sol Marc Favreau 1929 - 2005 proposé par Gilles Capistran

Pour ceux qui ont connu L'unique et tendre poète - texte écrit peu avant sa mort... Touchant !

CRÉPUSCULE DES VIEUX

Des fois, j'ai hâte d'être un vieux.

Ils sont bien, les vieux, on est bon pour eux, ils sont bien.

Ils ont personne qui les force à travailler; on veut pas qu'ils se fatiguent.

Même que la plusssspart du temps, on les laisse pas finir leur ouvrage.

On les stoppe, on les interruptionne, on les retraite fermée.

On leur donne leur appréhension de vieillesse et ils sont en vacances....

Ah! Ils sont bien les vieux!

Et puis, comme ils ont fini de grandir, ils ont pas besoin de manger tant tellement beaucoup.

Ils ont personne qui les force à manger.

Alors de temps en temps, ils se croquevillent un petit biscuit ou bien ils se retartinent du pain

avec du beurre d'arrache- pied, ou bien ils regardent pousser leur rhubarbe dans leur soupe...

Ils sont bien...

Jamais ils sont pressés non plus. Ils ont tout leur bon vieux temps.

Ils ont personne qui les force à aller vite; ils peuvent mettre des heures et des heures à tergiverser la rue...

Et plus ils sont vieux, plus on est bon pour eux. On les laisse même plus marcher... On les roule…

Et puis d'ailleurs, ils auraient même pas besoin de sortir du tout; ils ont personne qui les attendresse...

Et l'hiver... Ouille, l'hiver! C'est là qu'ils sont le mieux, les vieux;

ils ont pas besoin de douzaines de quatorze soleils... Non!

On leur donne un foyer, un beau petit foyer modique qui décrépite, pour qu'ils se chaufferettes les mitaines...

Ouille, oui l'hiver, ils sont bien. Ils sont drôlement bien isolés... Ils ont personne qui les dérange.

Personne pour les empêcher de bercer leur ennuitouflé...

Tranquillement, ils effeuillettent et revisionnent leur jeunesse rétroactive;

qu'ils oublient à mesure sur leur vieille malcommode...

Ah! Ils sont bien...! Sur leur guéridon, par exemple, ils ont une bouteille, petite, bleue.

Et quand ils ont des maux, les vieux, des maux qu'ils peuvent pas comprendre, des maux mystères; alors à la petite cuiller, ils les endorlotent et les amadouillent...

Ils ont personne qui les garde malades. Ils ont personne pour les assistés soucieux…

Ils sont drôlement bien....!

Ils ont même pas besoin d'horloge non plus, pour entendre les aiguilles tricoter les secondes...

Ils ont personne qui les empêche d'avoir l'oreillette en dedans, pour écouter leur coeur qui grelinde et qui frilotte, pour écouter leur corps se débattre tout seul...

Ils ont personne qui... Ils ont personne…

Félix Leclerc 1914 - 1988 proposé par Madeleine Faucher

EN ATTENDANT L'ENFANT

Je n'aurai pas le temps de finir la maison

De peinturer l'auvent, secouer le paillasson

Que tu seras présent, vivant, sorti des nombres

Déjà vêtu de blanc, déjà venu au monde.


J'aurai voulu laver les murs de la cité

Remettre les pavés à leur place tu sais

Et me débarbouiller et ranger mes papiers

Et brûler le passé et puis me parfumer

Je n'aurai pas le temps d'enterrer les pendus

De corriger le temps, tout ce long temps perdu

De raccrocher les cloches, rengainer les épées

Et à grands coups de pioches, t'ouvrir une cité

J'aurai voulu m'instruire, me polir, m'établir

Te donner de quoi rire et de quoi te nourrir

Voilà que je t'offre, des deuils pleins les coffres

Un vieux règne en lambeaux pour ton monde nouveau

Des guerres à ta naissance comme à la mienne aussi

Les pays d'espérance que m'a légués mon père

Et ce parler de France

La Chanson de ta mère.

VIEILLIR EN BEAUTÉ….ET EN SAGESSE ! proposé par Madeleine Faucher

Vieillir en beauté, c’est vieillir avec son cœur

Sans remords, sans regret, sans regarder l’heure

Aller de l’avant, arrêter d’avoir peur,

Car à chaque âge se rattache un bonheur.

Vieillir en beauté, c’est vieillir avec son corps

Le garder sain en dedans, beau en dehors

Ne jamais abdiquer devant un effort

L’âge n’a rien à voir avec la mort.

Vieillir en beauté, c’est donner un coup de pouce

À ceux qui se sentent perdus dans la brousse

Qui ne croient plus que la vie peut être douce

Et qu’il y a toujours quelqu’un à la rescousse.

Vieillir en beauté, c’est vieillir positivement

Ne pas pleurer sur ces souvenirs d’antan

Être fier d’avoir les cheveux blancs

Car pour être heureux, on a encore le temps.

Vieillir en beauté, c’est vieillir avec amour

Savoir donner sans rien attendre en retour

Car où que l’on soit, à l’aube du jour

Il y a quelqu’un à qui dire bonjour.

Vieillir en beauté, c’est vieillir avec espoir

Être content de soi en se couchant le soir

Et lorsque viendra le point de non-recevoir

Se dire qu’au fond, ce n’est qu’un au revoir !

Félix Leclerc

Le Père Gédéon Doris Lussier 1918 - 1993 proposé par Lorraine Charbonneau

LA MORT

Je n’ai qu’une toute petite foi naturelle, fragile, vacillante, bougonneuse et toujours inquiète. Une foi qui ressemble bien plus à une espérance qu’à une certitude.

Mais voyez-vous, à la courte lumière de ma faible raison, il m’apparaît irrationnel, absurde, injuste et contradictoire que la vie humaine ne soit qu’un insignifiant passage de quelques centaines de jours sur cette terre ingrate et somptueuse.

Il me semble impensable que la vie une fois commencée, se termine bêtement par une triste dissolution dans la matière, et que l’âme, comme une splendeur éphémère, sombre dans le néant après avoir inutilement été le lieu spirituel et sensible de si prodigieuses clartés, de si riches espérances et de si douces affections.

Il me paraît répugner à la raison de l’homme autant qu’à la providence de Dieu que l’existence ne soit que temporelle et qu’un être humain n’ait pas plus de valeur et d’autre destin qu’un caillou.

J’ai déjà vécu beaucoup plus que la moitié de ma vie; je sais que je suis sur l’autre versant des cimes et que j’ai plus de passé que d’avenir.

Alors j’ai sagement apprivoisé l’idée de ma mort. Je l’ai domestiquée et j’en ai fait ma compagne si quotidienne qu’elle ne m’effraie plus… ou presque.

Au contraire, elle va jusqu’à m’inspirer des pensées de joie. On dirait que la mort m’apprend à vivre. Si bien que j’en suis venu à penser que la vraie mort, ce n’est pas mourir, c’est perdre sa raison de vivre.

Et bientôt, quand ce sera mon tour de monter derrière les étoiles, et de passer de l’autre côté du mystère, je saurai alors qu’elle était ma raison de vivre. Pas avant. Mourir, c’est savoir enfin. Sans espérance, non seulement la mort n’a plus de sens, mais la vie non plus n’en a pas.

Ce que je trouve beau dans le destin humain, malgré son apparente cruauté, c’est que, pour moi, mourir ce n’est pas finir, c’est continuer autrement.

Un être humain qui s’éteint, ce n’est pas un mortel qui finit, c’est un immortel qui commence.

La tombe est un berceau. Mourir au monde, c’est naître à l’éternité : car la mort n’est que la porte noire qui s’ouvre sur la lumière. La mort ne peut pas tuer ce qui ne meurt pas. Or notre âme est immortelle. Il n’y a qu’une chose qui peut justifier la mort… c’est l’immortalité.

Mourir, au fond, c’est peut-être aussi beau que de naître. Est-ce que le soleil couchant n’est pas aussi beau que le soleil levant? Un bateau qui arrive au port n’est-ce pas un événement heureux? Si naître n’est qu’une façon douloureuse d’accéder au bonheur de la vie, pourquoi mourir ne serait-il pas qu’une façon douloureuse de devenir heureux?

La plus jolie chose que j’ai lue sur la mort, c’est Victor Hugo qui l’a écrite. C’est un admirable chant d’espérance en même temps qu’un poème d’immortalité. « Je dis que le tombeau qui sur la mort se ferme ouvre le firmament, et que ce qu’ici bas nous prenons pour le terme est le commencement. »

Claude Léveillée 1932 - 2011 proposé par Hélène Turmel

La légende du cheval blanc

Sur un cheval blanc je t'emmènerai

Défiant le soleil et l'immensité

Dans des marais inconnus des Dieux

Loin de la ville

Uniquement nous deux

Et des milliers de chevaux sauvages

Feront un cercle pour nous isoler

N'entends-tu pas toutes les guitares

Criant de joie dans la chevauchée

Sur un cheval blanc je t'emmènerai

Défiant le soleil et l'immensité

Dans les marais inconnus des Dieux

Loin de la ville

Uniquement nous deux

Pourtant je sais que ce n'est qu'un rêve

Pourquoi faut-il que ce ne sois qu'un rêve

Mais l'hymne à l'amour je l'entends déjà

J'entends déjà son alléluia

Alléluia

Encyclopédie canadienne

George Dor 1931 - 2001 proposé par Raymond Lafrance

Musée des grands québécois

Le bonheur


Quand on allait faire des pique-niques

Avec deux grosses bouteilles de kick

De bons biscuits au chocolat

Mon doux, qu’ c’est loin c’te beau temps-là

Quand on allait s’ baigner nues-fesses

Dans la belle petite rivière Noire

Pis quand on était servant de messe

Des surplis blancs, des soutanes noires


Quand les deux monômes des États

V’naient faire leur tour dans l’ Canada

Y trouvaient qu’ la bière était bonne

Il s’en buvait pas loin d’une tonne

Quand la messe était en latin

Quand y avait des vêpres à sept heures

Quand on chantait du grégorien

Amen et ite missa est

Quand on allait au magasin

Pour faire remplir la pinte de glace

Quand les galettes de sarrasin

Étaient nos cornets d’ crème à glace

Trois couleurs

Quand l’quêteux passait dans l’village

Il nous racontait ses voyages

Ses aventures, ses épopées

Quêteux, c’était un vrai épais

Quand les familles étaient nombreuses

Quand c’était des familles heureuses

Des familles à n’en plus finir

On travaillait pour l’avenir

Quand les papas, quand les mamans

Berçaient encore les petits enfants

En chantant "La poulette grise"

Celle qui avait pondu dans l’église


Quand on croyait au père Noël

Et puis qu’on l’avait jamais vu

À c’te heure qu’ les enfants y croyent plus

Les pères Noël, ça court les rues

Dans le temps de Noël


Quand les vieux étaient vieux, vieux, vieux

Quand les enfants étaient tout petits

Quand les maisons étaient pas grandes

Quand on couchait trois, quatre dans le même lit

Tasse-toi, tiens! Tasse-toi, tiens


Quand y avait un "Bonhomme-Sept-Heures"

Et puis qu’y fallait se coucher de bonne heure

Quand y avait rien qu’ la petite école

L’école des frères, l’école des sœurs

Quand fallait faire sa communion

La première et la solennelle

Les gars d’un bord, les filles de l’autre

Avec leurs beaux p’tit bas blancs en flanelle


Quand le malheur était chez le voisin

Tout le monde lui donnait un coup de main

Mais dans les blocs d’appartements

Y a trop de voisins, on n’a plus le temps

Quand le bonheur était jamais loin

Quand il venait manger dans nos mains

Mais quel bord que l’ bonheur a pris?

P’t-être que le bonheur il est resté petit

Y est resté petit, il a compris