Être

En marche

Je déambule sur le sentier.

Ma marche quotidienne.

Sur mon parcourt

Un objet insolite m’interpelle.

Un minuscule escargot

Sa charge sur le dos

Ses antennes déployées

Entame son déplacement

À pas de tortue.

Il ne peut allonger son pas

Un déséquilibre en découlerait.

Mon œil indiscret le scrute

Le contemple.

Si petit.

Si parfait.

Son fardeau n’est pas au-delà.

Sa cadence rythmée

Est de courte durée.

Il s’immobilise quelques secondes

Puis s’y attelle à nouveau.

Quelle aisance dans sa démarche.

Il ne se laisse pas distraire

Par mon regard émerveillé.

Sa présence vulnérable sur le pavé

Ne le préserve aucunement

Des prédateurs piétonniers.

Pourtant il n’accélère pas.

Il maintient sa cadence

Lente, ponctuée.

Lorsqu’il atteindra le tapis vert

Sa vie sera tout autant en danger.

Son instinct de survie

Est plus puissant que sa peur.

Il lui fait suivre sa voie.

Confiant en son destin d’escargot.

S’il est happé et décapité

Il n’aura aucun regret

Il aura accompli ce qu’il est

Un escargot libre.

Je poursuis ma route

Le cœur apaisé.


Yolande LeBlanc - octogénaire - résidence Le Marronnier - Laval - Québec - le 11 juillet 2021

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Être ou disparaître

Ce mot être, je l’ai devant mes yeux depuis cinq minutes; je me retrouve devant l’impasse de la page blanche ou de la page noire : blanche pour rien à écrire, noire pour avoir trop à écrire.

Shakespeare a vécu sans doute la même hésitation avant de faire dire à son héros son « to be or not to be », dont nous adoptons ici la traduction libre « être ou disparaître ». Comme je n’ai aucune envie de plonger dans le lugubre disparaître, partons avec l’idée, qu’en choisissant d’être, toute personne est appelée à vivre toute une gamme d’émotions. En résumé, elle peut se sentir confortable ou inconfortable selon le contexte.

1) D’abord simplement être en vie. Quelle chance pour nous et quel mystère quant à l’origine de la vie ! Certains ont voulu que Dieu la souffle dans le corps inerte d’Adam et d’autres ont préféré l’expliquer par le hasard de la sélection naturelle. Soyons bons joueurs avec les deux théories; l’important est de célébrer la vie dans ces multiples manifestations et de se rappeler que dans les pires malheurs, comme être entre la vie et la mort (où elle ne tient que par un fil), on se sent chanceux d’être encore en vie.

2) Être soi-même, bien dans sa peau, en possession de ses moyens, en contrôle, être marginal par authenticité, s’il le faut. Voilà des états d’âmes confortables qui servent de remparts contre toutes les tempêtes, qu’elles soient naturelles ou humaines. Le contraire qui est être en dehors de ses bottines, comme dans la peau d’un faux moi, risque de nous tenir longtemps à côté du cheminement vers le bonheur.

3) Être aux anges, aux petits oiseaux, en extase, au septième ciel, porté aux nues, sont des sensations euphoriques qu’on voudrait sentir sans fin. Il faut en profiter quand ça passe, car on sait qu’on finira bien par tomber de haut sur le plancher des vaches.

4) Justement être sous l’effet d’une épreuve, sans moyens, au bout de ses ressources, sur le bord d’un précipice, sur le point de commettre l’irréparable, nous fait vivre le plus inconfortable. Voilà cependant autant de nécessités de croire en soi et dans la vie.

5) C’est moins déstabilisant d’être assis sur entre deux chaises, en profonde réflexion, en sursis, à la croisée des chemins. C’est avoir un bon réflexe que d’y voir des pauses nécessaires à la poursuite de notre route.

6) Dans nos échanges sociaux, être dans de beaux draps par sa propre faute, est plus embarrassant que d’être en bons termes, de compagnie agréable. Toutefois, une fois le dommage fait, vaut mieux prendre l’opportunité d’apprendre de cette erreur.

Finalement être en amour, en colère, triste, et enfin toutes les façons d’être sont le propre d’un être humain en chair et en os.

Si être n’est pas toujours un cadeau, il vaudra toujours la peine d’être bien senti en soi. Avec les années, disparaître s’infiltrera insidieusement dans notre espace temporel en y laissant graduellement et sournoisement ses indices.

Jean-Louis Bonin - ex-professeur - ex-travailleur social - Sorel-Tracy - Québec - le 11 juillet 2021

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