Être

Rayonnante marguerite

Un souvenir me revient en mémoire. Je devais avoir trente ans quand je me suis inscrite à une association féminine dans mon quartier, On y donnait différents cours, entre autres, relations humaines, art oratoire et personnalité, histoire de l’art, anglais, espagnol, philosophie. Nous y étions aussi invitées à assister à des conférences. Je suivais un cours différent presque à chaque année. J’adorais ses cours, ils me faisaient sortir de chez moi, me permettaient de rencontrer d’autres femmes et stimulaient mes neurones. Puisque les cours étaient dispensés les après-midi, j’en profitais pendant que mes enfants étaient à l’école. À cette époque, c’était la minorité des femmes qui était sur le marché du travail.

À la fin d’un cours de relations humaines, notre professeure nous avait demandé de bien réfléchir et de revenir la semaine suivante pour répondre à la question suivante: «Quelle fleur me représente le mieux, et pourquoi?».

Je ne me suis pas creusé la tête bien longtemps, la marguerite s’est tout de suite imposée à mon esprit. D’abord quand je regarde une marguerite, j’y vois un soleil entouré de ses rayons. Pour moi, le soleil est une source d’inspiration. Le soleil représente la lumière, la chaleur, le bien-être, la liberté, l’énergie, la vie, la sagesse, le bonheur et la joie. En plus, le jaune est une couleur énergisante. Le soleil nous renvoie le message que la vie est un merveilleux cadeau.

La marguerite n’a pas la splendeur d’une rose, d’une orchidée ou d’un lys, mais elle est agréable à regarder. Elle requiert peu de soins, donc peu d’attention. Elle est une fleur qui pousse partout, à l’état sauvage, dans une prairie ou sur le bord du chemin. Elle pousse à son gré, où elle le veut bien. J’y vois là un plaisir et une liberté d’être. Elle est un électron libre tout comme moi.

Bien qu’elle ait une apparence délicate, bien ordinaire, simple et même fragile, elle est robuste et très résistante. Elle peut aussi être comestible mais je n’élaborerai pas là-dessus.

Et me voilà Marguerite. Dans le langage des fleurs, on dit qu’elle symbolise la bienveillance.

Lorraine Charbonneau – Ex-fonctionnaire de la Fonction publique fédérale – Résidente du Marronnier à Laval – envoyé le 6 juillet 2022 *********

En quarantaine !!!

Eh oui, je suis en quarantaine depuis dimanche dernier, ayant omis de remplir le formulaire ArriveCan avant de me présenter aux douanes canadiennes, samedi dernier. Inutile de vous raconter cet épisode vécu aux douanes pour en arriver à une quarantaine, que maintenant je perçois comme un véritable cadeau de la vie.

Celle-ci n'est nullement comparable au confinement obligé que nous avons tous connu et cela, tous en même temps. Cette quarantaine est unique, et différente d'un confinement, puisque tous mes proches, amis, enfants sont libres d'aller et venir comme ils le veulent. Durant cette période de quatorze jours, sans contact avec personne, la seule activité que l'on m'autorise est la marche, sur mon terrain, et pas ailleurs, ni même sur ma rue. Bien sûr le vélo est donc prescrit, ma cour étant trop petite.

Bref, je vis seule à seule avec moi-même, bien sûr accompagnée de mon travail quotidien et professionnel (utilisant la voie web Zoom), de mes livres, de mon ordinateur, de mes périodes de ressourcement, de méditation, de recherches spirituelles et quantiques, etc. En fait, je ne suis jamais vraiment seule ayant cette quête qui m'habite et qui me nourrit.

Depuis des décennies, je me suis toujours sentie coupable de refuser une invitation ou au contraire de rester seule sans inviter personne à ma table ou sur ma belle terrasse, ou pour une séance cinéma. Décliner une invitation, ou rendre service, ou faire plaisir pour faire plaisir, ou etc. me rendaient malade d'effroi. Depuis toujours et pour chacun des moments pendant lesquels j'avais choisi d'être seule, je sentais un petit malaise (petit mais bien là et vivant) à mon au cœur me jugeant alors égoïste, ou manquant d'amour ou autre.

Mais voilà que ces quatorze jours obligatoires chez-moi, en plus d'être un cadeau, me démontrent combien sans m'en apercevoir, je me suis sentie toujours coupable de me choisir plutôt que de choisir les autres. En effet, ce n'est que depuis le début de cette quarantaine, que je me sens légère, à ma place, au bon endroit, sans penser que j'aurais peut-être dû être ailleurs. Grâce à cette quarantaine, j'ai compris que nous nous affligeons régulièrement des moments de culpabilité. Si petits soient-ils, ils sont bien là.

Je vous souhaite non pas une quarantaine, mais plutôt de choisir des moments de solitude de plusieurs jours sans aucune culpabilité. Ce faisant, il me semble voir la vie autrement, plus libre, pleine de joie et remplie de mille possibilités. Je me sens beaucoup plus légère et plus vivante n'étant plus hantée par cette culpabilité.

Hélène Turmel - auteure - entrepreneure - Sorel-Tracy - Québec - le 23 juin 2022

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En marche

Je déambule sur le sentier.

Ma marche quotidienne.

Sur mon parcours

Un objet insolite m’interpelle.

Un minuscule escargot

Sa charge sur le dos

Ses antennes déployées

Entame son déplacement

À pas de tortue.

Il ne peut allonger son pas

Un déséquilibre en découlerait.

Mon œil indiscret le scrute

Le contemple.

Si petit.

Si parfait.

Son fardeau n’est pas au-delà.

Sa cadence rythmée

Est de courte durée.

Il s’immobilise quelques secondes

Puis s’y attelle à nouveau.

Quelle aisance dans sa démarche.

Il ne se laisse pas distraire

Par mon regard émerveillé.

Sa présence vulnérable sur le pavé

Ne le préserve aucunement

Des prédateurs piétonniers.

Pourtant il n’accélère pas.

Il maintient sa cadence

Lente, ponctuée.

Lorsqu’il atteindra le tapis vert

Sa vie sera tout autant en danger.

Son instinct de survie

Est plus puissant que sa peur.

Il lui fait suivre sa voie.

Confiant en son destin d’escargot.

S’il est happé et décapité

Il n’aura aucun regret

Il aura accompli ce qu’il est

Un escargot libre.

Je poursuis ma route

Le cœur apaisé.


Yolande LeBlanc - octogénaire - résidence Le Marronnier - Laval - Québec - le 11 juillet 2021

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Être ou disparaître

Ce mot être, je l’ai devant mes yeux depuis cinq minutes; je me retrouve devant l’impasse de la page blanche ou de la page noire : blanche pour rien à écrire, noire pour avoir trop à écrire.

Shakespeare a vécu sans doute la même hésitation avant de faire dire à son héros son « to be or not to be », dont nous adoptons ici la traduction libre « être ou disparaître ». Comme je n’ai aucune envie de plonger dans le lugubre disparaître, partons avec l’idée, qu’en choisissant d’être, toute personne est appelée à vivre toute une gamme d’émotions. En résumé, elle peut se sentir confortable ou inconfortable selon le contexte.

1) D’abord simplement être en vie. Quelle chance pour nous et quel mystère quant à l’origine de la vie ! Certains ont voulu que Dieu la souffle dans le corps inerte d’Adam et d’autres ont préféré l’expliquer par le hasard de la sélection naturelle. Soyons bons joueurs avec les deux théories; l’important est de célébrer la vie dans ces multiples manifestations et de se rappeler que dans les pires malheurs, comme être entre la vie et la mort (où elle ne tient que par un fil), on se sent chanceux d’être encore en vie.

2) Être soi-même, bien dans sa peau, en possession de ses moyens, en contrôle, être marginal par authenticité, s’il le faut. Voilà des états d’âmes confortables qui servent de remparts contre toutes les tempêtes, qu’elles soient naturelles ou humaines. Le contraire qui est être en dehors de ses bottines, comme dans la peau d’un faux moi, risque de nous tenir longtemps à côté du cheminement vers le bonheur.

3) Être aux anges, aux petits oiseaux, en extase, au septième ciel, porté aux nues, sont des sensations euphoriques qu’on voudrait sentir sans fin. Il faut en profiter quand ça passe, car on sait qu’on finira bien par tomber de haut sur le plancher des vaches.

4) Justement être sous l’effet d’une épreuve, sans moyens, au bout de ses ressources, sur le bord d’un précipice, sur le point de commettre l’irréparable, nous fait vivre le plus inconfortable. Voilà cependant autant de nécessités de croire en soi et dans la vie.

5) C’est moins déstabilisant d’être assis sur entre deux chaises, en profonde réflexion, en sursis, à la croisée des chemins. C’est avoir un bon réflexe que d’y voir des pauses nécessaires à la poursuite de notre route.

6) Dans nos échanges sociaux, être dans de beaux draps par sa propre faute, est plus embarrassant que d’être en bons termes, de compagnie agréable. Toutefois, une fois le dommage fait, vaut mieux prendre l’opportunité d’apprendre de cette erreur.

Finalement être en amour, en colère, triste, et enfin toutes les façons d’être sont le propre d’un être humain en chair et en os.

Si être n’est pas toujours un cadeau, il vaudra toujours la peine d’être bien senti en soi. Avec les années, disparaître s’infiltrera insidieusement dans notre espace temporel en y laissant graduellement et sournoisement ses indices.

Jean-Louis Bonin - ex-professeur - ex-travailleur social - Sorel-Tracy - Québec - le 11 juillet 2021

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