La solidarité

Ces heures suspendues

Derrière deux lourdes portes menant à une entrée sombre où les marches se laissent deviner arrivent les familles de réfugiés.

Des émotions tapies comme des loups-garous les soirs de pleine Lune ressurgissent. Je me revois étrangère dans un village de Lanaudière, dans mes vêtements du dimanche, mal à l’aise devant des yeux scrutateurs au fil de ces années qui bouleversent l’enfance. Ce flash-back m’a donné la poussée dans le dos nécessaire pour m’avancer le cœur battant vers la table du fond au sous-sol de l’église.

Assises les uns près des autres, quatre adolescentes aux sourires gênés avec des prénoms inconnus collés sur leur manteau, bracelets d’argent au poignet, épinglettes sur le hijab attendent nerveusement. Je me présente et les invite à me suivre vers un bureau transformé en salle de classe pour l’aide aux devoirs en francisation. Halia, Hanna, Ghalia et Arij quatre Syriennes arrivées au pays en 2016 âgées de treize à quinze ans deviendront mes filles, comme je les surnommerai affectueusement.

Au fur et à mesure que j’explique les consignes de l’exercice, je vois briller la lueur de compréhension dans leurs yeux bruns et l’heure a suspendu le temps, le temps de s’apprivoiser. J’entends leurs conversations en arabe, et en souriant je leur montre l’affiche : Ici, on parle français. Ce n’est pas évident au départ, mais de semaine en semaine, elles s'expriment en cherchant leurs mots. Pour les corrections, je me penche vers leur cahier et constate un délicat parfum d’assouplisseur dans leur foulard.

L’ambiance est chaleureuse. Alors, avec simplicité s’amènent les confidences. Elles ont choisi comme leur mère de porter le hijab au Québec avec leurs vêtements à la mode.

Puis, un samedi matin, Ghalia et Arij arrivent avec les yeux rougis et les paupières enflées, la famille est en deuil d’un oncle décédé dans un attentat ! La réalité de la guerre me souffle dans le cou.

Tout compte fait, à ma façon, je participe à la grande chaîne de solidarité envers ceux et celles qui n’ont pas demandé à subir ces bouleversements, ces années passées dans un camp de réfugiés entassés les uns sur les autres. À bras ouverts, les samedis, j’accueille mes filles Syriennes pour ces heures suspendues.

Louise Gagné - éducatrice à la petite enfance - Boisbriand - Québec - Septembre 2017 - texte reçue le 14 juillet 2022

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Un air à trois temps

En cette période troublante

où des restrictions,

des mises à jour constantes

viennent bousculer notre quotidien

l’humain est appelé à s’ajuster.

La population planétaire souffre.

La terre étouffe.

Des papillons

virevoltent

dans mon cœur.

Y a-t-il un espoir?

Comment concevoir

cette interminable intermède ?

Chacun y va de sa création.

En pensée

nous unir

autour de notre belle planète,

toute nationalité confondue,

en une valse à trois temps

formant le dessein

d’une réconciliation permanente.

L’amour, la paix, la joie !

Une grande valse

afin de redonner à la terre

ses titres de noblesse.

Yolande LeBlanc - auteure - octogénaire - Résidence Le Marronnier - Laval - Québec - le 21 juillet 2021

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