La solidarité

Je pense à toi

 

À chaque jour qui passe je pense à toi

Étonnant n’est-ce pas, car tu ne me connais pas

Une pensée peut nous amener bien loin parfois

Je pense à toi quand mon assiette est comble

Si tu étais près de moi, on la partagerait

Je pense à toi quand une gorgée me désaltère

Une goutte perdue est sacrilège

Je pense à toi qui subis la guerre

J’implore Dieu de soulager ta misère

Je pense à toi qui es gravement malade

Je voudrais détenir le pouvoir de te guérir

À toi aussi qui pleure un être cher

Ma profonde sympathie

Je pense à toi l’aînée inquiète

Je  te comprends, j’en suis   

Je pense à  tous ceux

Que le destin n’a pas choyé.

Quand je pense à toi de cette façon

Mon cœur devient lourd d’impuissance

Plus j’écris, plus la liste s’allonge

Je ne veux oublier personne

Alors je pense à l’humanité entière

Chacun porte en lui une douleur

Alors à vous tous, je pense à vous

Et je vous offre tout mon réconfort

Mention: texte lu dans le cadre de l'émission Poème sur Radio La sentinelle, Rouen (France) le 25 janvier 2023 - Participation au projet d'écriture d'un poème pour les plus démunis.  Émission animée par Laura Rucinska et Camille Decure. MB


Odette Gilbert -  retraitée - Les Méchins - Gaspésie -  Québec - Canada - Texte reçu le 30 janvier 2023

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Le boui-boui, le lis du Canada et le libraire


C’est dimanche. Je visite un coin de village des Cantons-de-l‘Est. L’ambiance est fort sympathique.

Les commerces qui y ont pignon sur rue m’inspirent. Le temps m’invite à prendre mon temps. Même mes pas s’ajustent à une lenteur inhabituelle et me permettent de saluer les gens, les papillons et même les arbres. Surtout eux, je crois, car ils sont mes amis depuis fort longtemps.

Je projette de bouquiner. Il y a de ces quartiers qui, pour moi, sont des incontournables. Celui-ci en est un. Il y a le boui-boui tout près que j’affectionne particulièrement, jouxté à ma librairie indépendante préférée «Le Curieux de tout».


Sur le parterre de ce petit café de quartier poussent des fleurs à clochettes multiples. Elles sont éblouissantes. Je connais bien cette plante. Je la cultive dans mon jardinet à la campagne depuis quelques années. Elle a pour nom le lis du Canada. C’est l’une de nos plus belles plantes herbacées indigènes. Elle sait même raconter des histoires lorsqu’on l’écoute, comme un livre. Au fil de mes recherches, j’ai appris que le développement urbain et agricole cherche à l’exproprier.


Il y a un parallèle à faire avec les grandes surfaces commerciales qui concurrencent fortement les librairies indépendantes et veulent dominer. Une même bataille. Celle de la pérennité. Les deux veulent survivre. Le lis du Canada veut s’enraciner à l’orée de sa forêt, le livre veut s’implanter et demeurer… indépendant… dans sa librairie.


J’ai foi en la force de la nature, comme j’ai foi en l’amour des mots. Grotesque impertinence que de prétendre remplacer ces maisons de livres par des commerces à superficies démesurées dépourvus de personnalité.

C’est pourquoi le libraire s’affaire à devancer ces concurrents par des idées novatrices; un lancement de livre, une conférence d’auteur(e), une soirée de dédicace pour un livre nouvellement édité ou, pourquoi pas, simplement siroter un bon café latté au boui-boui, muni d’un bouquin entre les mains.  L’invitation s’adresse à tout le monde. On n’a qu’à se présenter.

Moi, j’entre. Le libraire m’accueille. Déjà, je me sens quelqu’un.

Il jauge mes goûts, mes préférences, ma personnalité. Ses conseils sont judicieux. Il m’oriente fréquemment vers de nouvelles avenues littéraires, et je n’ai qu’à me diriger vers le recueil suggéré. Jamais je n’aurais cru lire à ce sujet. Quelle étonnante découverte ! Je suis sans mots.

Mes curiosités maintenant assouvies, je ressors de la librairie. Mes pas sont légers, mes pensées sont hors temps et de nouveaux livres se lovent dans mes bras.

Avant de m’éloigner, je tourne la tête pour lancer un dernier regard vers le lis du Canada, sis au petit jardin du boui-boui et là, dans un éclair, les yeux du libraire s’accrochent aux miens. Tous les deux nous sourions.  Notre relation dure depuis toujours il me semble. Et lui de me lancer : « À la prochaine »

«Je re-traite ma façon de vivre chaque jour de ma vie»


Voir la photo reliée à ce texte sous l'onglet: Photos et dessins des membres / Fleurs / Le lis du Canada

Francine Cliche - Enseignante en mouvements de rééducation gestuelle -  Artiste «Encrière» - Illustratrice de contes jeunesse à mes heures - Estrie - Québec - 5 novembre 2022

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Ces heures suspendues

Derrière deux lourdes portes menant à une entrée sombre où les marches se laissent deviner arrivent les familles de réfugiés.

Des émotions tapies comme des loups-garous les soirs de pleine Lune ressurgissent. Je me revois étrangère dans un village de Lanaudière, dans mes vêtements du dimanche, mal à l’aise devant des yeux scrutateurs au fil de ces années qui bouleversent l’enfance. Ce flash-back m’a donné la poussée dans le dos nécessaire pour m’avancer le cœur battant vers la table du fond au sous-sol de l’église.

Assises les uns près des autres, quatre adolescentes aux sourires gênés avec des prénoms inconnus collés sur leur manteau, bracelets d’argent au poignet, épinglettes sur le hijab attendent nerveusement. Je me présente et les invite à me suivre vers un bureau transformé en salle de classe pour l’aide aux devoirs en francisation. Halia, Hanna, Ghalia et Arij quatre Syriennes arrivées au pays en 2016 âgées de treize à quinze ans deviendront mes filles, comme je les surnommerai affectueusement.

Au fur et à mesure que j’explique les consignes de l’exercice, je vois briller la lueur de compréhension dans leurs yeux bruns et l’heure a suspendu le temps, le temps de s’apprivoiser. J’entends leurs conversations en arabe, et en souriant je leur montre l’affiche : Ici, on parle français. Ce n’est pas évident au départ, mais de semaine en semaine, elles s'expriment en cherchant leurs mots. Pour les corrections, je me penche vers leur cahier et constate un délicat parfum d’assouplisseur dans leur foulard.

L’ambiance est chaleureuse. Alors, avec simplicité s’amènent les confidences. Elles ont choisi comme leur mère de porter le hijab au Québec avec leurs vêtements à la mode.

Puis, un samedi matin, Ghalia et Arij arrivent avec les yeux rougis et les paupières enflées, la famille est en deuil d’un oncle décédé dans un attentat ! La réalité de la guerre me souffle dans le cou.

Tout compte fait, à ma façon, je participe à la grande chaîne de solidarité envers ceux et celles qui n’ont pas demandé à subir ces bouleversements, ces années passées dans un camp de réfugiés entassés les uns sur les autres. À bras ouverts, les samedis, j’accueille mes filles Syriennes pour ces heures suspendues.

Louise Gagné - éducatrice à la petite enfance -  Boisbriand -  Québec - Septembre 2017 - texte reçue le 14 juillet 2022

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Un air à trois temps

 

En cette période troublante

où des restrictions,

des mises à jour constantes

viennent bousculer notre quotidien

l’humain est appelé à s’ajuster.

 

La population planétaire souffre.

La terre étouffe.

 

Des papillons

virevoltent

dans mon cœur.

 

Y a-t-il un espoir?

Comment concevoir

cette interminable intermède ?

 

Chacun y va de sa création.

 

         En pensée

         nous unir

         autour de notre belle planète,

         toute nationalité confondue,

         en une valse à trois temps

         formant le dessein  

         d’une réconciliation permanente.

 

         L’amour, la paix, la joie !

 

Une grande valse

afin de redonner à la terre

ses titres de noblesse.

 

Yolande LeBlanc - auteure - octogénaire - Résidence Le Marronnier - Laval - Québec - le 21 juillet 2021

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