L'âge

Crise de la quarantaine

J’ai longtemps pensé que seulement les hommes passaient par une crise de la quarantaine. Je réalise que les femmes vivent aussi cette phase qui est loin d’être négative.

Quarante ans est un âge où on a atteint une certaine maturité. On dit que la vie commence à quarante ans; cela doit bien vouloir dire quelque chose. C’est un moment charnière de remise en question, c’est le temps de faire des bilans. C’est l’âge où on commence vraiment à savoir ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas. C’est le temps de réfléchir sur ses objectifs, les rêves que l’on n’a pas atteints et sur les passions que l’on n’a pas vécues. C’est une étape saine voire bénéfique, un grand pas vers un état de mieux-être où l’on s’interroge sur qui l’on est vraiment et du sens que l’on veut donner au restant de sa vie. On fait le bilan de ses valeurs et de ses priorités. C’est aussi une période où l’on fait le deuil de sa jeunesse et où l’on commence à réaliser que la vie n’est pas éternelle.

C’est la période où les enfants quittent la maison familiale. La responsabilité parentale s’en trouve amoindrie et leur liberté amplifiée. Dans la quarantaine, les gens en général ont acquis plus d’autonomie, ils ont plus confiance en eux et ils savent davantage ce qui leur convient ou pas.

La remise en question, à la quarantaine, peut avoir des impacts sur le couple et sur les gens autour de soi. S’il faut remédier à sa situation, c’est le temps de le faire. Plus tard, c’est souvent trop tard. Tous changements dans une vie provoquent peur et angoisse, c’est pourquoi il ne faut jamais précipiter les choses, réfléchir longuement afin de prendre une décision éclairée. Parfois en parler à quelqu’un, se confier, peut nous aider à mieux nous comprendre et à progresser dans nos réflexions.

Quand la décision est prise, il faut l’assumer entièrement, ne jamais revenir en arrière. Les regrets n’apportent rien d’autre que déprime et tristesse.

Quand je revisite mon passé, je réalise qu’à cette époque, j’ai eu à prendre des décisions difficiles et même déchirantes qui ont chamboulé ma vie mais je ne regrette rien. Ces difficultés m’ont fait progresser et découvrir des qualités que je n’avais jamais soupçonnées en moi.

La crise du milieu de ma vie m’a fait réaliser que jusqu’alors, je n’avais pas vraiment pensé à moi, à mes choix, à mes envies. J’avais fait ce que je pensais que l’on attendait de moi, pensant que c’était ma mission, mon rôle.

Cette prise de conscience à la quarantaine m’a permis de me retrouver et de devenir la femme que je suis aujourd’hui. À mesure que je prenais les rênes de ma vie en mains, le ciel s’éclaircissait et la vie m’apparaissait de plus en plus facile.

Lorraine Charbonneau - Retraitée de la Fonction publique fédérale - Résidente du Marronnier à Laval - envoyé le 16 mars 2022

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J’ai l’âge de la liberté

Danser, chanter, jouer, vivre.

Libre, libre, libre

Libre comme le vent.

Les chaînes sont rompues.

Je suis bien enracinée.

Je suis debout.


Droite, prête devant la tempête.

Solide, inébranlable

Tel un saule pleureur.

Le chemin s’ouvre devant moi.

Je sais qui je suis.

Je sais où je vais.


Je porte en moi un héritage

Il m’a été transmis,

Donné gratuitement,

Riche, la moisson est abondante.

Ma richesse, c’est ma liberté.

C’est ma joie d’être moi.


J’ai l’âge de danser, de chanter, de vivre ma vie

Libre, libre,libre

Ma vie est lumineuse

Ombres et lumières s’entrecroisent.

J’ai l’âge de mon coeur.

Mon coeur d’origine.


J’ai l’âge de l’acceptation,

De mes rides,

De mes muscles endoloris,

De mes pertes de mémoire occasionnelles

De la solitude à certains jours


J’ai l’âge de la liberté.

J’ai l’âge de vivre aujourd’hui

Ce qui m’est donné,

Sans regret du passé,

Sans les j’aurais dû, les tu devrais.

J’ai l’âge de la liberté.


J’ai l’âge de dire oui, de dire non.

Ma vie m’appartient.

Finie la dépendance.

Finie la peur du jugement.

Finie la peur de déranger.

Finie la peur d’être moi.


J’ai l’âge de la liberté.

J’ai l’âge de goûter qui je suis

De m’accueillir.

De savourer ce qui m’a été donné

Pas de fausse pudeur.

J’ai l’âge du oui à ma vie.

J’ai l’âge de la liberté.


La liberté, la joie, l’Amour

C’est ma vie.

C’est moi.

Thérèse, 82 ans.


Thérèse Cloutier - retraitée de l’animation auprès de femmes - Résidente au Manoir Soleil - Brossard - Québec - le 14 octobre 2022

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Un visiteur à ma porte

La sonnerie

Me fait tressaillir.

Qui est-ce?

J’ose un regard vers l’œil magique.

Je ne l’attendais pas si tôt.

Je connais son discours.

Déjà dans le passé

Il m’avait pourchassée

Faisant miroiter

Les avantages de l’âge avancé

Et comme s’il voulait me rassurée,

Avec un sourire en coin

Il me cita

Un dicton de son cru :

… avec le temps vient la Sagesse.

À l’aube de nos 80 ans, on se croit vigoureux.

Et même si l’on assume

Nos petits deuils quotidiens

Nous avons du temps

Pour accomplir ce pourquoi

Nous sommes

Sur la terre à cette époque précise.

Mon temps de réflexion lui permit

De répéter la sonnerie.

Je le priai d’entrer.

Son message m’étant familier

Je reconnus la véracité de son propos.

Avec reconnaissance

J’accueillis le grand âge.

Yolande LeBlanc - octogénaire - résidence Le Marronnier - Laval - Québec - le 15 juillet 2021

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Déjà ou enfin?

Petits, on avait tellement hâte d’avoir enfin 6 ans pour aller à l’école comme les grands. Puis, à l’adolescence, on était impatient de fêter nos 17 ans pour le permis de conduire ou 19 ans pour fréquenter les bars. On avait enfin l’âge de faire ce qui était jusqu’alors interdit.

Les années passent et on arrive déjà à 30 ans, souvent conscients que la vie avale nos heures. La carrière, et peut-être les enfants, nous tiennent si occupés qu’on arrive à 40 ans presque essoufflés. Peut-on encore croire aux cartes et décors de 40e anniversaire qui présentent cet âge comme celui où on a atteint le sommet et que c’est la descente ensuite, le fameux « Over the Hill » commercial? Maintenant que l’espérance de vie est plus du double des 40 ans, on n’a vraiment pas basculé encore du côté de la vieillesse.

On continue de travailler et si on n’a plus à s’occuper des enfants qui ont quitté le nid, on peut avoir à le faire pour un de nos parents âgés. Les journées, les mois s’enfilent avec un horaire chargé. On pense plus souvent à la retraite et aux revenus qui seront alors disponibles en approchant de nos 50 ans.

Arrive un jour où on ramasse le courrier et on y trouve une lettre du gouvernement du Canada qui veut savoir si on veut commencer à recevoir notre versement mensuel de sécurité de vieillesse à 65 ans ou si on retarde la date. Ouche! Mais, on sourit en pensant qu’on aura droit au tarif réduit pour les transports en commun et d’autres endroits et activités. Parfois, on apprend la mort d’un voisin, d’une ancienne collègue ou même d’amis de notre âge et on se compte chanceux de continuer de célébrer nos anniversaires malgré les rides et quelques signes qui nous rappellent qu’on est septuagénaire ou octogénaire.

Le secret pour faire partie des gens qui accueillent chaque nouvel anniversaire en disant « Déjà? » est de passer ses journées de façon stimulante. Quand on se lève le matin avec joie en pensant à ce qu’on va faire, qui on va voir, ce qu’on va découvrir, où on ira, on ne risque pas de trouver le temps long.

Il n’y a rien de plus triste à entendre qu’une personne de 10, 30, 60 ou 95 ans qui nous dit trouver le temps long.

Charlotte Boulanger, architecte des mots à Montréal - Québec le 5 juillet 2021

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L’âge, un simple calcul

L’âge peut être un simple calcul entre la date d’aujourd’hui et le jour choisi pour débuter le calcul.

Il y a l’âge légal qui commence à notre naissance et qui nous autorisera des actions et des comportements selon notre pays de naissance ou notre pays d’adoption. La société gère beaucoup les gens en fonction de l’âge légal. Pourtant, l’âge légal a ses limites car le temps à lui seul ne peut pas définir les capacités d’une personne.

Il y a l’âge mental qui se réfère plus à notre comportement social en fonction de normes sociales implantées au fil des époques. Un comportement adulte au siècle présent, au siècle passé et au siècle bien avant peut différer selon les comportements usuellement acceptés à chaque époque. Ainsi en est-il des comportements ados et enfantins.

Il y a l’âge ressenti. Il y a un an, je me sentais adolescent alors qu’il y a six mois, je me sentais un vieillard et que me voilà redevenu un adulte passionné.

J’ai 71 ans et, si ce n’est des perturbations physiques, mon âge ressenti se porte plutôt bien. Et le jour qu’on lâche l’âge légal comme point de référence, on s’aperçoit que notre corps a peut-être suivi l’âge légal mais sûrement pas notre esprit.

Dans notre esprit, nous sommes souvent demeurés très jeunes et nous nous émerveillons encore devant plein de choses. Tant que notre soif de découvertes est active, l’âge ressenti prend une pause. Et c’est alors qu’on a le goût, pour rester jeune, de réciter les vers de Lamartine : Ô temps! suspends ton vol, et vous, heures propices! Suspendez votre cours : Laissez-nous savourer les rapides délices Des plus beaux jours!

Et tant qu’à mon âge j’aurai du plaisir à échanger autant avec les adultes qu’avec les jeunes, l’âge légal peut bien avancer sans me perturber.

En fin de compte, je réalise que ce n’est pas l’âge qui nous fait vieillir mais notre état de santé.

André Ouellette, retraité actif et coach d’affaires : en Afrique dès décembre 2021 pour les 2 prochaines années - le 3 juillet 2021

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L'âge de son cœur

Oh mon Dieu …. quel sujet pointilleux pour une femme. Il est préférable de ne jamais lui demander son âge!

Ce détail, important pour nos gouvernements, les assurances, le médecin, etc... ne l’est pas pour nous. Un dicton dit: "On a l’âge de son cœur puisqu’il s’agit que d’un chiffre dans notre tête". Personnellement, j’ai acheté cette idée depuis belle lurette.

Enfant, on veut devenir adolescent, adolescent, on veut devenir adulte et une fois adulte, on commence à réfléchir à sa retraite. L’âge devient alors un enjeu de la vie, que l’on ne peut ni abolir ni effacer sauf, l’amadouer.

Je me rappelle un jour en sortant d’un rendez-vous médical, j’ai croisé une très jolie et charmante vieille dame qui attendait son chauffeur, me signifiait-elle. Tout bonnement et à ma grande surprise, elle me dit :

« Chère Madame, j’ai 85 ans et j’aimerais vous partager mon meilleur conseil. Ne vous laissez jamais aller ou dépérir. Prenez toujours soin de vous. Évitez l’embonpoint. Maquillez-vous. Payez-vous des soins esthétiques si nécessaires. Coiffez-vous. Mettez de la teinture dans vos cheveux si vous en avez envie. Regardez toujours en avant. Prenez la vie du bon côté. Croyez-en vous. Profitez de chaque instant présent. Faites ce que votre cœur vous dit. Et aimez la vie ». Sans l’interrompre, je l’ai écoutée tellement j’étais fascinée.

Sur l’entrefait, son chauffeur arriva. La prenant par le bras, il lui ouvrit la porte arrière. J’ai tout de suite vu que cette dame avait beaucoup de classe. J’ai même eu une petite réaction spontanée, en me disant qu’avec de l’argent, c’est facile à dire car elle reflétait tout ce qu’elle avait énoncé.

Au cours des 15 années écoulées depuis cette brève rencontre, j’ai eu souvent une pensée pour cette dame qui m’a permis d’avancer dans la vie en me tenant debout et en acceptant mon âge année après année. Moi seule connais mon âge réel en bout de ligne, et je suis l’unique Maître de ma vie, que j’aime ou non vieillir. À l’intérieur de moi, je vis avec mon cœur d’enfant.

J’en profite pour vous partager un bel exemple, celui de ma mère. À l’âge de 75 ans, elle a signé une location de voiture flambant neuve de l’année. Elle l’a remise à la fin de son terme de location, soit à 80 ans, en plus de prendre sa retraite. Veuve à 82 ans, elle s’est fait un copain qui avait environ 10 ans de plus qu’elle, à l’époque. Il est décédé aveugle suite au diabète. Il avait 100 ans. Quelques mois plus tard, elle rencontre un nouvel amoureux qui l’a rendue heureuse jusqu’à ce que la pandémie l’emporte à l’âge de 92 ans. Ah combien, je l’aie sentie vivante jusqu’à la fin de ses jours. J’ai énormément appris de cette grande Dame.

L’âge n’est pas un obstacle pour aimer la vie et je compte bien en faire tout autant, si Dieu le veut bien entendu!

Louise Coulombe – retraitée du monde des affaires – artiste en dessin – Laval – Québec – le 1er juillet 2021

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Quel âge avez-vous ?

Je trouve que demander l’âge de quelqu’un devient une curiosité bien légitime, car même si rien n’a changé quant à la définition de l’âge, contrairement à l’époque de mon jeune âge, la lecture du visage d’un vieillard, le regard sur les veines de ses mains, sa démarche, ce qu’il nous raconte de son quotidien, tout cela nous révèle une variété de surprises.

Comme si je suis bien mauvais dans les devinettes, cela m’amuse de voir comment je peux me tromper. Alors oui, je pose souvent la question aux vieillards car j’adore être étonné, en me rappelant cependant que je me suis mis déjà les pieds dans de beaux draps en décidant moi-même de dire l’âge d’une autre personne, surtout d’une femme, mais allez donc savoir pourquoi !

Les traces de l’âge - Je reconnais que l’âge laisse des traces, j’en suis un exemple frappant à la porte de mes quatre-vingts ans; cependant je ne vois sur mes mains les mêmes veines noires que je voyais chez mon père décédé à la porte aussi de ses quatre-vingt ans après une très long combat contre le cancer. L’espérance de vie de mon père a été dans la moyenne, celle des années 1990, la mienne s’annonce pour être au-dessus de la moyenne des années 2020, à moins d’un mauvais coup du sort. Mon miroir me renvoie une image d’un bel homme d’âge mûr qui paraît encore équipé pour franchir une autre décennie.

Si les traces de l’âge subissaient autrefois moins d’altérations sur le parcours d’une vie entière, aujourd’hui il en est tout autrement. En effet, un peu à la manière d’une bonne poudrerie rendant plus difficile le retraçage des pistes laissées par un raquetteur la veille, les cures de rajeunissement (genre traitement au botox) ont sur les traces de l’âge un effet d’atténuation; les clients de ces cures cherchent souvent à régler des émotions négatives concernant leur apparence. Ils prennent mal la rançon de l’âge.

Je constate cependant et heureusement que, depuis une génération, beaucoup d’attitudes positives relatives au maintien d’une bonne santé ont aussi la capacité d’amoindrir les traces de l’âge. Ce sont les saines habitudes alimentaires, la diminution appréciable de la consommation du tabac, la pratique de sports et des loisirs, les mesures sociales concernant la réalité famille-travail et surtout les transformations mécaniques et électroniques qui rendent moins épuisant l’exercice des emplois dits manuels. Quant à la pollution, on est en marche pour régler son sort.

Le cœur n’a pas d’âge - Au premier degré, cette maxime paraît une fourberie; au second degré, elle témoigne de sa véracité depuis de belles lurettes, depuis le « fin fond » des âges disons. Petit paradoxe peut-être ! Le cœur de l’enfant est égocentrique et plus les années lui ajoutent de l’âge et lui fait franchir les étapes de son développement, plus son cœur ne vieillit pas comme on aime bien se le rappeler, quand on a près de quatre-vingts ans, en turlutant la chanson de Georges Hamel.

Jean-Louis Bonin - ex-professeur - ex travailleur social - Sorel-Tracy - Québec - le 30 juin 2021

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