L'expérience

Une couverture

L’obscurité recouvre le monde comme une couverture

Le jour se transforme en nuit

Les ombres se transforment en clair de lune

Alors que les ruisseaux et les murmures des arbres se heurtent

Juste se balancer

Le jour couvre le travail comme une couverture

Du clair de lune aux ombres

Comme les ruisseaux et les murmures des arbres se transforment en bavardages et en soleil

Juste une journée normale

Traduction française de Louise Gagné du texte provenant de sa petite-fille Megan-Hope Davis - 14 ans - Tadley - Angleterre, texte reçu le 22 janvier 2023 (Vous pouvez voir le texte anglais sous le thème: Poésie-adolescents - The dark covers the world)

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Insouciance de l’enfance, où es-tu?

Je suis arrivée sur cette terre en duo. Dans le même ventre, pas dans la même enveloppe de protection. Comme si l’univers savait déjà que je devrais avoir la mienne afin de survivre à la cohabitation maternelle. Je manquais déjà d’air à la naissance. Ça donnait le ton à la première phase de mon aventure sur terre!

Mes premiers vrais souvenirs remontent à 5-6 ans. Le vent sur ma peau, l’école primaire à laquelle ma maman enseignait, les roches à ramasser au champ ainsi que les labeurs estivaux propres aux agriculteurs. L’été n’était pas synonyme de vacances à la maison. Seule la pluie nous apportait un peu d’accalmies à nos horaires planifiés au quart de tour. On a vite fait de comprendre que notre travail, s’il était mal exécuté, rimait avec difficultés financières, inquiétudes et grandes périodes de silence paternel.

Mes plus grands bonheurs logeaient dans ma tête, seule dans un champ, à sentir l’odeur du foin fraîchement coupé et séché, à ressentir le vent sur ma peau et les chauds rayons du soleil. Je me souviens qu’à cette époque, j’avais le cœur taquin. La vie était simple, la vie était bonne, la vie était prometteuse.

Qu’est-il arrivé à cette petite rouquine, déjà connectée à elle-même et qui avait un milieu de vie qui lui permettait de prendre le temps de savourer ce que l’univers avait à lui offrir ?

Est-ce mon hypersensibilité qui a fait en sorte que j’ai développé des mécanismes de protection afin de moins souffrir? L’insouciance de l’enfance est disparue. De manière insidieuse, l’anxiété a remplacé la légèreté et la confiance.

Je commençais à peine ma deuxième décennie. Personne ne m’a parlé à l’époque de mission de vie, de sens à notre vie et d’estime personnelle.

C’est une rencontre avec le grand-père d’une amie qui m’a offert mon premier contact avec cet horizon différent. Avec avidité, j’écoutais les paroles de ce sage monsieur. La qualité et la simplicité de l’humain que j’avais devant moi m’ont plu immédiatement. Il m’écoutait. Il prenait le temps de m’expliquer d’où venait les choses, pourquoi elles étaient ainsi et qu’est-ce qu’on pouvait faire avec pour que ça devienne meilleur, plus utilitaire.

Aujourd’hui, je peux dire que cet homme m’a ouvert la voie à une sorte d’humain que je n’avais pas eu encore l’occasion de découvrir. L’humain ouvert d’esprit, patient, celui qui, à sa manière, faisait une différence par l’humilité de sa personne et le don de soi. Je n’ai eu rien à faire. J’étais juste moi, curieuse, vulnérable et authentique.

J’ai perdu cette pépite d’or au fil des mois et des années qui ont suivi. Les événements se succédant ont fait ombrage à cette intuition de chemin de vie que pouvait être le mien.

J’ai fait un long détour afin de retrouver cette bienheureuse insouciance de l’enfance. Cette dernière me permet de croire en la vie et d’en partager les bénéfiques effets sur l’humain et l’univers dans laquelle nous évoluons.

Geneviève Poulin - chef d'entreprise - strategieslgp.com - St-Lambert - Québec - le 8 septembre 2022

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Expérience hors du commun

Généralement, on parle d’expérience de mort éminente (EMI) lorsqu’une personne se réveille après s’être trouvée dans un état de mort clinique ou dans un coma.

Certains scientifiques reconnaissent la réalité de l’expérience sans pouvoir l’expliquer. Mais, la majorité des scientifiques pense que l’EMI est le produit d’un cerveau endommagé en raison du manque d’oxygène lors de tout arrêt cardiaque. Selon eux, ce qui ne peut pas être prouvé par la science, n’est que fabulation, que de pures créations imaginaires.

S’agit-il de simples hallucinations dues à l’oxygénation insuffisante du cerveau, ou bien d’un authentique voyage de la conscience vers un monde inconnu?

Il m’est arrivée une expérience semblable une fois dans ma vie, et pourtant je ne pense pas avoir été près de mourir, j’étais faible mais consciente de tout ce qui se passait autour de moi. Je n’ai pas de certitude absolue de ce qui m’est arrivée, je ne comprends absolument pas moi-même le phénomène.

Je faisais une fausse couche et je perdais beaucoup de sang. Arrivée à l’hôpital, on m’installa dans un lit, le pied remonté et la tête rabaissée. Et les soins ont commencé, prise de pression, du pouls. Trois ou quatre personnes, infirmières et médecins, s’affairaient autour de mon lit, je les sentais fébriles. J’étais faible, je les laissais me manipuler comme une marionnette sans réagir, j’avais les yeux fermés, mais j’entendais tout ce qui se disait. À un moment donné, j’ai entendu une infirmière dire: « sa pression est basse », et une autre de l’autre côté du lit: « je n’entends plus son pouls ». Ils étaient impatients parce qu’ils attendaient le sang qu’ils devaient me donner et qui tardait. À aucun moment, j’ai pensé que j’allais mourir. J’avais l’impression d’être couchée au fond d’une chaloupe au beau milieu de l’océan, ballottée par les vagues, je me sentais réellement bien.

Tout à coup, j’ai eu l’impression que mon corps se dédoublait, je me suis retrouvée collée au plafond, je me voyais très clairement en bas dans le lit ainsi que toutes les personnes qui s’activaient autour du lit. L’expérience n’a duré que quelques secondes. Je n’ai vu ni tunnel, ni lumière. Je n’ai ressenti ni douleur, ni angoisse, ni peur; c’était, pendant quelques instants, comme si j’avais fait l’expérience du paradis. Et j’ai réintégré mon corps. J’aurais pu rêver toute cette histoire, mais je suis certaine qu’en aucun moment, je n’ai perdu conscience.

Le lendemain, à mon réveil, après avoir subi un curetage et réinstallée dans ma chambre, une infirmière m’a dit : « Vous nous avez fait peur hier, on a eu peur de vous perdre ». Depuis, j’ai souvent repensé à cette expérience hors du commun.

Je crois que cette expérience m’a fait réfléchir à la complexité de la vie, à mes convictions et mes croyances. Je me demande encore aujourd’hui ce que ma conscience cherchait à me faire comprendre.

Lorraine Charbonneau – Ex-fonctionnaire de la Fonction publique fédérale – Résidente du Marronnier - Laval - Québec - le 5 avril 2022

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Légères sensations maritimes

Regarder la lumière du ciel et le clin d’œil de la lune

Frissonner sous la lueur matinale au cœur de la brume

Piétiner l’aride fraîcheur du sable caressant de la dune

Et s’abandonner à la torpeur allongée sur ce doux bitume

S’éveiller aux cris des gabians tournoyant dans l’azur

Cligner sous le soleil éclatant atteignant son zénith

Sourire à l’astre bienfaisant en étirant toutes ses cambrures

Et courir en titubant pour entrer lentement dans l’eau bénite

S’immerger avec courage sous la froide morsure de la mer

S’éloigner du rivage de quelques encâblures vers l’horizon linéaire

Revenir à la nage et à toute allure vers le bord de la terre

Et peaufiner son bronzage comme une parure éphémère.

Danièle Comparetti - infirmière qui aime écrire - Tours – France le 21 septembre 2021

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Mon expérience

L’expérience, selon une définition universelle nous renvoie au fait d’un bagage acquis, riche en connaissances de toutes les sciences et des pratiques humaines. Je dirais que ce concept d’expérience ainsi présenté nous ouvre un éventail de multiples domaines d’application faits de vérités éprouvées, de certitudes presque infaillibles compte tenu d'une correction constante de nos erreurs commises au cours de notre apprentissage de la vie en général.

Évidemment, selon les époques, les coutumes et les talents, on sait que les expériences d’un Machiavel, d’un Einstein, d’un Lennon ont été différentes tout en possédant les qualificatifs cités plus haut.

Dans mon jeune temps, je concevais l’expérience étant plutôt l’apanage des personnes de l’âge d’or car le temps pour emmagasiner tout le bagage requis jouait en leur faveur. De plus, j’avais l’impression que leur expérience était transmissible du haut vers le bas de la pyramide de l’âge.

Alors moi qui suis maintenant de l’âge d’or, je devrais m’en faire une bonne dose d’orgueil, mais je n’y arrive pas, car en regardant mon expérience emmagasinée, je suis, disons, pas mal perplexe. En effet, sans me déconsidérer, j’entretiens de nombreux doutes sur la valeur de ma propre expérience limitée seulement à quelques domaines; et en plus, elle est difficilement transmissible.

Je ne pense pas que cela soit sur le coup d’une illumination mais j'ai vraiment réalisé que « Je sais que je ne sais rien ».

La réalité est telle que le monde change tellement vite. De plus, le contexte dans lequel vivent les jeunes, devient pour moi difficile à saisir. Voilà donc un important facteur de déclassement. J’ai même besoin de l’aide de mes petits-enfants pour toute connaissance informatique datant de 2015 environ, si je veux parvenir à suivre le rythme du monde des multimédia. Et pourtant, je me considère ayant une bonne érudition qui malheureusement ne m’apporte aucun soutien tangible dans l’exemple cité précédemment.

« Mais » me direz-vous, « il n’y a pas seulement l’informatique dans la vie, vous êtes sûrement consulté par vos petits-enfants sur d’autres sujets importants comme la bonne gestion budgétaire, les confits conjugaux, etc…». Bien non ! Ils s’adressent à d’autres sources pour éclairer leurs préoccupations quotidiennes; ce n’est pas que je sois un repoussoir à moins qu’ils me considèrent trop pantouflard.

Je pense qu’il y a une dynamique générationnelle d’un nouveau genre qui s’est établie depuis plusieurs décennies. En effet, mon père disait déjà : « Maintenant que les enfants sont élevés, il ne nous reste seulement qu’à les aimer ». Je me souviens qu’il avait une frustration devant ce propos et je pense à mon tour la ressentir.

Puis me vient comme ça une idée : la transmissibilité de mon expérience n’est peut-être pas d’une telle importance. Logiquement, la toute première raison d’être de mon expérience est mon propre bonheur.

Et ce bonheur je te tiens bien en mains.

Jean-Louis Bonin - ex-professeur - ex-travailleur social - Sorel-Tracy - Québec - le 7 juillet 2021

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Le sourire de l’expérience

Quand on a vécu plusieurs décennies, ou même avant si on est plus évolué émotionnellement, on sait que tous ces détails agaçants de la vie ne sont que des détails. On peut passer sa vie à faire des montagnes de nos contrariétés et en sourire plus tard. L’expérience permet sans doute d’arriver à ne plus rester dans les pièges de la peur et d’autres émotions désagréables.


Combien de fois perdons-nous le sommeil ou nous inquiétons-nous outre mesure pour des situations qui ne le méritaient pas? Malheureusement, trop souvent pour ceux étant le moindrement du type anxieux.


On a souvent aussi versé plus de larmes que nécessaire mais, ce qui est bien, c’est qu’elles ont séché sans laisser de cicatrices. Ce qu’on croyait insupportable ou insurmontable ne devient plus tard qu’un souvenir plus ou moins vague, s’il en reste un.


Quant aux défis plus sérieux ou aux grandes épreuves, une fois passée au travers, on découvre qu’on était plus forts que l’on pensait. Ce qu’on en apprend nous sert ensuite lors de prochaines traversées houleuses, bien sûr si on prend le temps d’en retirer les leçons.


L’expérience nous apprend aussi qu’on ne peut éviter ou régler les problèmes ou les défis des gens qu’on aime. Chacun compose avec son quota personnel d’obstacles. La vie se charge de placer sur notre parcours des gens qui nous prouvent que pire est possible et qu’on peut s’en sortir aussi, chacun à sa manière.


La vie est sans doute un peu comme un laboratoire où l’on procède par essais et erreurs pour finalement apprendre ce qui marche le mieux selon les situations et notre personnalité. Ce qui fonctionne pour une personne ne le sera pas nécessairement pour une autre. On sait qu’il existe plus d’une façon de préparer une sauce à spaghetti.


On remplit ainsi petit à petit notre trousse de secours, de plus en plus confiants qu’on saura comment faire face aux surprises.


La vie aurait-elle été plus facile si on nous avait donné un manuel d’instructions au départ? On peut en douter. Ce ne serait que de la théorie trop abstraite, comme dans le cas des cours de conduite automobile. C’est en prenant réellement le volant qu’on s’adapte à la réalité de chaque moment.


Soyons honnêtes : combien d’entre nous avons pris au sérieux les conseils de nos parents quand nous étions jeunes? L’expérience revient à essayer soi-même tout comme on l’a fait pour apprendre à marcher.

Heureusement, on peut avoir traité nos défis et surmonté les difficultés avec plus ou moins de drame pendant longtemps et découvrir, finalement, qu’on a joui, malgré tout, d’une vie heureuse.

Le sourire de l’expérience est l’un des plus délicieux.

Charlotte Boulanger - retraitée (travailleur autonome) - artiste et architecte des mots - Montréal - Québec - le 5 juillet 2021

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