Vieillir

Le vieux musicien

Caressant de ses doigts rigides la patine des notes de son accordéon, le vieux musicien farfouille sur le clavier cherchant le DO. Hésitant, il tend une oreille presque sourde, espérant capter le son d’une mélodie qu’il affectionnait autrefois. Un SI ténu et feutré allume une étincelle dans ses yeux. Il ébauche un sourire et s’enhardit. L’instrument vibre sur sa poitrine et reprend son souffle timidement respirant au rythme de l’étreinte de l’artiste. Une vague bleue sous Un coin du ciel lui rappelle ces années où la musique embaumait son cœur.

Soudain le SOL se dérobe, la mélodie lui échappe, ses doigts ne lui obéissent plus. Le souffle court, confus, il ne se souvient plus. Une larme dans ses yeux reflète la lueur des adieux à ses amours Le vieux musicien pleure….


Odette Gilbert - Autodidacte - Artiste - Facebook Gilod - Les Méchins - Québec - le 28 mars 2022

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Vieillesse 2021

Je ne l’ai pas vu venir! Furtivement elle s’est faufilée dans ma vie. Et un beau soir ou un matin je ne sais trop, j’ai réalisé qu’elle s’était installée chez moi sans permission. Elle a squatté ma vie.

Hier encore, je me revois petite fille insouciante pour qui un nuage devenait cheval fougueux ou peluche toute douce. Un ruisseau se transformait en fleuve me menant à la découverte d’un ailleurs merveilleux. Suite à un spectacle de ballet, je pratiquais mes pointes rêvant de devenir danseuse étoile au Bolchoï. J’ai eu aussi des velléités d’être cantatrice et d’obtenir le premier rôle dans l’opéra de Carmen. Je pratiquais ma voix en passant l’aspirateur.

Peu à peu l’adolescence arrive : bienvenue aux turbulences! Un jour au sommet du Kilimandjaro et le lendemain dans les fosses abyssales des Mariannes.

Suit la période que je nomme OLYMPIQUE. Course à l’emploi, saut dans le mariage, marathon entre le travail à l’extérieur et la maison. Je vous fait grâce de la nomenclature des activités, vous les connaissez aussi bien que moi.

Aujourd’hui je n’essaie plus de danser le ballet. Mes pas ont perdu de leur élasticité. Qu’importe, ces petits pas me mènent dans la nature où je flâne pour admirer sa splendeur et l’écouter me parler. Les années nous apprennent à goûter le beau, le calme, le vrai. Merci la vie!

Aujourd’hui, la voix éraillée, je ne chante plus que sous la douche. Mais cette voix a appris à dire des mots d’amour, de tendresse, de compassion et d’encouragement. Les années nous apprennent à dire l’important. Merci la vie.

Aujourd’hui je sais que la route qui me reste à parcourir est beaucoup moins longue. Je veux y marcher encore longtemps mais je me suis réconciliée avec la fin. Ce sera le seul voyage où je n’aurai pas de bagage à préparer. Je partirai avec tout l’amour que j’aurai donné et reçu. J’espère un atterrissage dans la plénitude de tout mon être. Merci.

Finalement la longévité a du bon, ne la craignons pas. J’ai glané ces quelques phrases d’Anselme Grün (1) que je vous partage : «Avec les ans, la peau prend des rides mais si on renonce à l’enthousiasme, c’est l’âme qui prend des rides. Tu as la jeunesse de ta hardiesse et la vieillesse de tes doutes. Tu as la jeunesse de la confiance en toi et la vieillesse de tes peurs. Tu es jeune de tes espoirs et vieux de tes découragements. »

(1) Anselme Grün, (1945 - ), Bavière Allemagne docteur en théologie, philosophe, moine bénédictin, prieur de l’abbaye bavaroise de Munsterschwarzach. (Ne me demandez surtout pas de le prononcer. Merci.)


Lisette Turmel - maman - grand-maman - retraitée de l’enseignement - Victoriaville - Québec - le 15 décembre 2021

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Cette vieillesse qui change de visage


« Essayez de ne pas penser à vos rides. J’ai entendu dire que c’est mauvais pour la peau. » Sally Mann, photographe américaine (traduction libre).

En repensant à ma façon de voir la vieillesse à différentes périodes de ma vie, je prends conscience de l’évolution de ce concept de vieillir. Quand j’étais ado, je voyais mes voisins quinquagénaires comme de vieilles personnes, avec des goûts antiques et des idées dépassées.

En début de quarantaine, les gens qui me précédaient d’une décennie ne semblaient plus des vieux et l’encadrement d’une belle-mère octogénaire commençait à me donner un aperçu au quotidien de la vraie vieillesse.

En revenant au Québec, séparée et démarrant à neuf, j’avais mis de côté toutes pensées de vieillesse. Mais en approchant de cette « liberté 55 » dont certains profitaient, je me retrouvais animatrice d’ateliers de préparation à la retraite.

En plongeant dans l’information sur la transition majeure du marché du travail à la retraite et en écoutant les témoignages de gens à quelques années de la retraite, avancer en âge était redevenu très présent.

Enthousiasmée par les projets de retraite et les rêves à réaliser des futurs retraités, j’accompagnais aussi une femme de 75 ans qui se préparait à donner des conférences sur l’art de vieillir en beauté. Mon optimiste et l’échafaudage de mes projets pour les décennies à venir ne connaissaient pas de limite.

Rencontrer à 56 ans le compagnon idéal pour moi et embarquer à fond de train aussi dans une carrière de formatrice au collégial concrétisaient ma vision d’une vieillesse qui s’annonçait stimulante, active et inspirante.

L’essoufflement d’une décennie de semaines de 50 à 70 heures intenses de travail, le rôle de proche aidante pour une mère de 95 ans, une chirurgie compliquée lors d’une ablation de tumeur, puis la pandémie interminable ont eu raison de l’optimisme et du rythme élevé d’activités.

Tout près de devenir septuagénaire, j’apprivoise une nouvelle vision de la prochaine étape du vieillissement. Elle se compose de douceur, de compassion, de moments d’éloge de la lenteur et de rêves plus souples. Réussir à vieillir avec un corps qui demande plus d’entretien et de pauses développe la patience, la vigilance et la créativité. Je découvre des façons différentes de bouger, d’aller vers les autres, de porter attention à mon corps et à ce qui l’entoure. Un article vient de donner un nom à la marche que je pratique avec une attention accrue : la marche d’émerveillement. Il s’agit de marcher en prenant conscience avec révérence de détails ravissants.

Je m’imaginais devenir centenaire comme ma grand-mère, mes tantes et probablement ma mère. Cette idée n’occupe plus la même place car je sens profondément que le présent mérite toute mon attention.

Charlotte Boulanger - autrice - formatrice et créatrice - Montréal (Québec) - le 12 octobre 2021

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Vieillir, c’est jouir

On commence à vieillir dès sa naissance, minute après minute, jour après jour, année après année. De sorte que les années et les décennies s’échelonnent comme une enfilade de moments jusqu’à la fin.


Quand on est jeune, de quoi vit-on sinon de rêves? On rêve d’un bon job, d’avoir une maison, de se faire des amis, de se marier, d’avoir des enfants, de voyager, etc. Le temps file à vive allure. On travaille fort, les enfants grandissent, c’est le cégep, l’université, et voilà qu’on prépare sa retraite. La soixantaine arrive et l’on s’aperçoit que vivre, c’est vieillir et que vieillir, c’est vivre.

Vieillir, c’est précisément jouir de la vie plutôt que de la rêver. Vieillir, c’est justement saisir la vérité de sa vie et d’en jouir à chaque instant. Vieillir, c’est s’obliger à la jouissance de vivre, c’est de devenir des gourmets de la vie.

Vieillir, c’est de concevoir la vie autrement qu’en surface. C’est faire le bon triage de ce qui nous est cher, de ce qui est essentiel. C’est le temps de la sagesse.

Apprendre à se contenter de peu, c’est-à-dire éprouver le vif contentement de ce qui nous suffit. Je cite ici le philosophe grec Thales (1) « Celui qui sait jouir du peu qu’il a, est toujours assez riche ».

N’est-il pas merveilleux et bon de se retirer de cette course folle et de profiter de la vie? Voilà ce que c’est que de vieillir, jouir! Savoir jouir à force de saisons qui se suivent et d’expérimentations. Vieillir, c’est apprendre enfin où se trouvent les simples, mais véritables plaisirs.

Voici une phrase savoureuse de Benoîte Groult (2) dans son livre, « La touche étoile » et que je fais mienne : « Je veux mourir jeune à un âge avancé ».

(1) Thalès de Milet, (625-630 av. J.-C - 548-545 av. J.-C.), philosophe et savant grec

(2) Benoîte Groult 1920 - 2016 à Hyères, journaliste, romancière et militante féministe française

Lorraine Charbonneau – Retraitée de la Fonction publique fédérale – résidente du Marronnier - Laval – le 18 août 2021

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L’aventure de vieillir


Il est un jour où la floraison de notre destinée

Rappelle à notre corps qu’il se résigne au temps

Notre coeur, lui, suit le tracé de notre impénétrable intimité

Marqué par la plénitude de nos nombreux printemps

Ainsi, la vie mature le temps qui coule

Elle le mène vers l’aventure qui nous attend

Faut-il d’emblée accueillir tout ce qui en découle

Ou plutôt en être le convaincu combattant


Yvon Fournier - Retraité - homme d'affaires (secteur bancaire - Ste-Anne-des-Plaines - Québec - le 16 août 2021

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Fragilité et force

On vit de plus en plus vieux. Le Canada est, avec le Japon, le pays où la population vieillit le plus rapidement.

Le processus de fragilisation de notre corps se fait tranquillement au fil des ans. La vieillesse s’installe à pas de loup, sans qu’on s’en rende compte. Un jour, on aperçoit un premier cheveu blanc, on s’en étonne et on en rit. Un autre jour, en se regardant dans le miroir, on voit des cernes autour de nos yeux, c’est sûrement de la fatigue et on pense à autre chose. Ensuite, on réalise que notre peau n’est plus aussi ferme, que notre taille change. Nos forces diminuent, on est forcé de marcher moins vite, nos réflexes sont plus lents, on s’épuise plus, on court après notre souffle. La vie nous a insidieusement fragilisés. On regarde nos enfants qui sont dans la force de l’âge, on les trouve beaux, mais on ne peut plus les suivre. On arrive à soixante, soixante-dix ans et on se dit : comment j’en suis arrivée à cet âge sans m’en être aperçue?

Comme le temps passe! Et pourtant, il y a 24 heures par jour pour tout le monde. On pense qu’atteindre la vieillesse signifie approcher de la mort. Oui bien sûr, mais on oublie qu’on peut mourir à tout âge. Tous les humains passent inexorablement par le même processus. C’est justice pour tous. Durant notre vie, on a travaillé, on s’est marié, on a eu des enfants, on s’agitait comme des queues de veaux, on courait, on n’arrivait pas à tout faire. À la retraite, on n’a plus que soi à s’occuper.

Vieillir a ses forces, inconvénients et ses avantages. En vieillissant, il y a beaucoup de deuils à faire, mais il y a aussi plein de découvertes.. On perd des pouvoirs, mais à chaque perte, la conscience avance. On vit mieux le moment présent, on est moins pressé, donc moins stressé, on n’a plus la nécessité de travailler, on peut faire tout ce que l’on veut, on a le temps de penser, de réfléchir, de se faire plaisir, d’apprécier la vie, de prier et de remercier.

Lorraine Charbonneau – retraitée de la Fonction publique fédérale – résidente du Marronnier à Laval, Québec – le 9 juin 2021

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