La nature

Joli mois de mai et balades en jardin, sous l’éclat lumineux de la Bellis perennis ou la beauté éternelle de la pâquerette.


Elle naît au printemps, sous les premiers rayons du soleil d’un beau ciel bleu. Sur de nombreux tableaux, et de belles poésies, on la conte tellement de fois. Laissez-moi vous conter l’histoire de cette douce fleur que l’on aime tant effeuiller par amour.

Elle fleurit quelques jours avant Pâques, et pour cause elle tient son nom de la fête la : Pâquerette. Elle s’ouvre le matin à l’apparition des premiers rayons du soleil qui lui murmure un doux réveil, et se referme la nuit pour un doux voyage au pays des songes.

Mais pourquoi en faire référence au mois de mai ? parce qu’elle est la fleur de la pureté et de l’innocence, mais pas que cela. Après, vous ne verrez plus les petites pâquerettes de la même manière.

Selon une légende, un jour, une jeune mère, voulant consoler l’enfant Dieu qui s’était piqué avec une épine, lui offrit une petite pâquerette. C’est alors qu’une petite goutte de sang tomba sur les pétales, laissant l’extrémité d’un léger ton rosé. Une autre légende raconte qu’au moment d'une visite à la crèche, pour couvrir l'enfant de cadeaux somptueux, le petit fût attiré par la belle couronne de pâquerettes au cou de l’agneau, le petit berger lui offrit alors une petite pâquerette qu’il porta à la bouche. Depuis ce jour, les pâquerettes ont le cœur doré et les pétales blancs et roses.

Mais si nous allons plus loin, lorsque vous regardez un chemin, vous pourrez y voir dans le jardin des pâquerettes, de l’humilité, la simplicité, la beauté éternelle, la vie plus forte que la mort, l’amour inconditionnel au-delà de toutes souffrances.

L’homme n’est-il pas un grand jardinier ? Ce jardin qui apporte l’apaisement et la sérénité, qui comble de son parfum.

Et lorsque nous récitons nos invocations en ce joli mois de mai, nous pouvons nous ressourcer au cours des balades printanières. et si par bonheur, nous croisons une fleur en chemin, nous penserons à la première d’entre toutes.

Les pâquerettes ont une longue floraison et ornent nos prairies, nos jardins, nos bas-côtés. Elles représentent nos joies, nos élans, nos doutes, nos blessures. Elles sont parfois cueillies et ramassées en bouquet pour remercier ou par amour. Elles nous accompagnent chaque jour.

Dieu a créé toutes les fleurs, belles, éclatantes, de toutes les couleurs, grandes et petites. Avec des épines parfois pour se défendre. Avec de doux parfums pour nous enchanter. Et il en a créé de toutes petites pour différents jardins. Tout comme il a créé de grands saints et de tout petits. Certains doivent se contenter et se réjouir d’être une petite pâquerette.

Joli mois de mai à tous.

© Gaëlle Lavisse - auteure - écrivaine - biographe - poète - ECQUES - Pas-De-Calais - France - le 14 avril 2022

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Neige


Des milliards de cristaux de neige tombent, mais aucun pareil, en formant un amoncellement que nous appelons neige.

Selon le moment, ils tombent en gros flocons, ou en tourbillons légers où ils semblent flotter, en grains fins lorsque poussés par un vent, souvent fort, qui nous pincent la peau, et même en gros grains comme de la grêle. Ce n’est pas long qu’ils recouvrent tout, et qu’ils forment un manteau blanc. On dit bien : « Blanc comme neige ». C’est l’hiver!


Étant jeune, sur la ferme, nous devions nettoyer le devant de la maison et gratter, pelleter un passage pour se rendre aux bâtiments, soit le hangar, le shed à bois, la bécosse et bien entendu à la grange, à l’étable pour les vaches, veaux, chevaux, la bergerie des moutons, la porcherie pour les cochons, le poulailler pour les poules. Tout ce nettoyage, tempête après tempête se faisait à bras d’homme, et pour certains travaux avec un cheval attelé sur une gratte maison.


Dans ce temps-là, le rang était encore en gravelle et n’était pas déblayé par des charrues ou souffleuses. Par beau temps, ils nous arrivaient d’aller à l’école du couvent du village à pied à presque deux kilomètres de la maison, mais la plupart du temps on venait nous conduire en bobsleigh bien emmitouflés dans nos vêtements d’hiver et sous des couvertures de peaux de buffles ou autres.


En revanche, cette belle neige d’hiver nous permettait de nous amuser à fabriquer des forts, des tunnels quand il y en avait assez. Lorsqu’elle était malléable, nous étions heureux de dresser des bonhommes de neige décorés de foulards colorés, de gros boutons pour les yeux, un nez en carotte, des branches tordues pour le bras avec des gants ou mitaines aux bouts. Lors de grandes sorties, nous allions glisser dans des petites collines à toboggan, ou en traineaux et même sur des grands morceaux de carton. Et sur des grandes coulées dégagées de neige, nous patinions. Papa nous avait construit, durant quelques années, une belle et assez grande patinoire.


Lors de mes hivers au collège sur le bord du lac Massawipi, près de Magog, nous avions la chance d’aller patiner sur cette grande patinoire qu’était ce grand et beau lac. Bien entendu, il y avait aussi une belle patinoire qui, en plus de servir à jouer au hockey, était utilisée à certaines périodes, pour le patinage libre. Je n’ai jamais joué au hockey, j’étais trop petit devant les grands gaillards. De plus, je n’étais pas habile avec une rondelle et principalement, je n’aimais pas ça.

En revanche, j’aimais beaucoup les glissades dans les grandes côtes et nous avions de bien bons équipements pour en profiter.

J’ai fait du ski de randonnée lorsque j’ai vécu à Québec. Nous allions en plusieurs endroits différents de la région.

Aujourd’hui, je n’aime plus l’hiver. Je n’endure plus le froid. Brrr!.

Gilles Capistran - retraité - autodidacte - Longueuil - le 29 novembre 2021
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Une fenêtre sur un après-midi


Avant le brouhaha de la fête organisée pour ses 90 ans, Anne pose un regard sur la minuscule fenêtre de sa chambre. Alerte beaucoup plus dans ses mouvements cérébraux que physiques, elle a développé une aptitude à ne voir que ce qui est merveilleux.

La nature lui prête ces doux instants où elle glisse dans la rêverie. Comme la température est pluvieuse et que la visite de son fils unique et de ses rares amies se laisse espérer, elle en profite pour rêvasser et amuser le temps.

De sa fenêtre entrouverte, une brise légère lui souffle un discret parfum de lilas. Ses yeux fermés par une lumière trop vive, la ramènent à son jardin d’antan où les bulbes prennent vie à travers un sol dégelé depuis quelques semaines. Elle remonte son châle car se priver de cette douceur provenant de l’extérieur la chagrinerait. Le printemps où tout renaît à la vie, n’est-il pas la plus magnifique des saisons?

Sa rêvasserie l’autorise à réinventer l’été, celui de ses jeunes années, où les jours s’allongent, jusqu’à en oublier la fenêtre qui la sépare des rayons ardents du soleil. Par réflexe, elle se découvre légèrement. Dans un ciel immensément bleu où, quelques cumulus, de leurs protubérances arrondies, semblent la protéger d’un rai malsain. Les fleurs… ses fleurs multicolores, fascinantes pour chaque abeille, lui aiguisent l’odorat assombri de relents de pesticides. L’été n’est-elle pas la saison la plus belle parmi les plus belles?

Puis tout à coup, l’automne empiète sur les jours. Elle remonte à nouveau son châle et referme la fenêtre. À travers les carreaux, elle voit au loin les forêts divinement colorées, même si ses yeux aperçoivent à peine le mur de sa chambre où la solitude y a dessiné tous ces sites enchanteurs. Ah que la nuit vient donc d’avance!

Soudain, la fenêtre se bat avec le vent pour l’empêcher de pénétrer son douillet confort. Des flocons insistent pour entrer, en attente de cet endurcissement, de cette endurance au froid. Elle leur refuse le secours et les encourage à survivre. Ils sont si beaux dans leurs formes aux mille facettes! Puis des névés géants envahissent presqu’entièrement la fenêtre. Ah que le jour n’est donc pas long!

Anne ferme les yeux et se laisse emporter sur les nuages pour atteindre les étoiles, d’où elle plane de soleil en soleil, là où les saisons n’ont plus de fenêtres.

Angéline Viens - retraitée de l'enseignement - lauréate d'un concours littéraire en 2007- Brossard - 9 octobre 2021

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Istu - Sucre

Un certain printemps, ISTU jouait dans la forêt avec son nouvel arc que son père, NAYATI, lui avait fabriqué et donné pour souligner ses 14 ans. Il pratiquait son adresse.

Comme de raison, il avait été prévenu de ne pas tirer sur les arbres qui pour les amérindiens étaient, dans un certain sens, sacré. Les arbres étaient précieux pour la fabrication de leur habitat, pour le chauffage, pour de multiples autres utilités, et certains pour la confection de leur pirogue.

Par inadvertance, en tirant une flèche, il s’accroche à une branche morte et son tir va planter sa flèche dans un bel érable. En la retirant, il voit que l’arbre pleure, il émerge comme des larmes. Comment arrêter cet écoulement. Il touche la blessure et goûte à cette eau qui s’écoule. Elle est sucrée. Quel étonnement! D’autant plus étonné que son nom signifie : SUCRE.

Il prend de la mousse et tente de colmater la blessure en espérant arrêter l’écoulement. Ça coule moins.

Vitement il court au campement et avoue à son père sa maladresse, et lui raconte que l’arbre pleure de l’eau sucrée et lui montre un peu de mousse mouillée par cette eau. Rapidement son père avec quelques membres de la tribu, dont des femmes, se précipitent auprès de l’arbre pour constater le fait.

ISTU a pensé à apporter un récipient pour recueillir la sève. Tous goûtèrent et furent émerveillés par cette délicieuse saveur. Fut organisée une réunion du conseil de bande avec les anciens, SAHALE et TYEE, pour savoir ce qu’ils devaient faire. Il a été proposé de faire une expérience avec un seul arbre pour débuter, soit d'y faire une seule entaille, bien faite, puis ensuite de fabriquer un genre de tuyau qui s’ajuste au trou et de récolter cette eau dans un récipient pendant quelques heures pour évaluer la quantité possible à récupérer.

En fin de journée, l’écuelle de bois était presque remplie. Enthousiasmés par ce résultat, ils décidèrent d’entailler plusieurs érables. Ils fabriquèrent des chalumeaux en quantité avec du tilleul, bois bien malléable. Ils percèrent des trous ronds de 4 cm de profondeur dans plusieurs arbres, 2 entailles par arbre. (Il faut donner une légère pente au trou pour que la sève s’écoule).

Les femmes ont fabriqué des contenants en bois suffisamment grands pour récolter cette eau sucrée en assez grande quantité pour satisfaire tous les membres de la tribu. Bien entendu, les squaws se sont servies de cette eau pour cuisiner. L’une d’elles, Ama, en la faisant bouillir vit que son eau devenait un sirop, d’une belle couleur ambrée. Elle y goûte. C’est très bon, délicieux. Une découverte qu’elle partage avec tous.

Ainsi serait né le sirop d’érable. Les colons de la Nouvelle France, seraient ainsi devenus des sériculteurs. Quelle richesse!

D’un bec sucré Gilles Capistran - retraité - autodidacte - Longueuill - ler 1er novembre 2021

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Les geais bleus

Durant mon séjour à Notre-Dame-des-Laurentides, près de Québec, j’habitais un beau petit chalet tout neuf sur le bord d’un ruisseau aux eaux bruyantes, claires, cristallines et toujours fraîches.

Le propriétaire était un bon tchécoslovaque âgé et retraité qui vivait avec sa femme, Blanche. Ils habitaient une grande maison jaune à l’entrée de la propriété. Des gens avec qui j’ai rapidement sociabilisé et qui sont devenus comme des bons parents, attentionnés et généreux.

Un certain matin de mai, je suis réveillé vers 5h30 par un vacarme d’oiseaux qui se chamaillaient dans le petit ruisseau. Ils se baignaient mais vraiment bruyamment. Je leur crie : LA PAIX! Ils cessent et s’envolent.

Blanche m’a entendu. Durant l’avant-midi, elle me voit dehors et me dit qu'elle aussi en fut réveillée.

Elle continue en me suggérant de leur fabriquer une mangeoire et qu’ainsi nous pourrions les amadouer. Elle rajoute que son mari me permet d’aller dans son atelier et de me servir de tout ce qu’il faut pour réaliser une mangeoire convenable. En plus, elle me dit que son fils, Jean, possédant le domaine tout à côté, viendra nous aider.

Nous y voilà à fabriquer une véritable mangeoire digne de ce nom. Elle aura donc 4 pieds de long, 4 pouces de large faite de vieux bois qui ne peut servir à autre chose. Un toit en pignon et des côtés de 3 pouces de haut pour être en mesure d’y mettre plein de nourriture en abondance. Nous ne la plaçons pas trop en hauteur tout près du ruisseau sur 4 pieux pour qu’elle soit solidement installée et aussi pour que nous ayons la possibilité de pouvoir les observer de près.

Chez un vendeur de nourritures pour oiseaux, et pour geais bleus, on trouve beaucoup de graines de tournesol et arachides ainsi qu'une quantité juste à point de millet et de mil faisant de ces aliments un produit idéal.

Ce ne fût pas long que nous avons eu leur visite. Au début, un gros geai frondeur mâle suivi d’une femelle, plus délicate. Ils sont sur leur garde, bien sûr, mais le lunch est bien bon et ils s’empiffrent. Toute la famille du propriétaire et celle de son fils viennent assister à ce banquet pour oiseaux. Ils sont si beaux, mais combien bruyants. Drôlement, ils n’étaient plus étourdissants avec leur chamaillage, leur baignade. Durant des semaines je me suis réjouis de les voir se régaler, et les enfants de Jean étaient émerveillés en venant souvent les observer.

Puis un jour, ils n’étaient plus là, partis pour d’autres cieux. (Ils peuvent rester ici l’hiver).

L’année d’en suite, ils sont revenus et j’ai ressorti la mangeoire. Était-ce les mêmes, pour plusieurs je crois que oui. Toujours la joie de les revoir et malgré leurs cris éraillés, toujours réjouissant de voir cette vie et d’y participer.

Un vrai bonheur de la vie.

Gilles Capistran - retraité - autodidacte - Longueuil - 10 octobre 2021

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Action de grâce 2021

" Soyons reconnaissants aux personnes qui nous donnent du bonheur,

elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries. "

Marcel Proust

C'est à vous que reviennent ces mots, en ce matin d'Action de Grâce

Vous reconnaître en silence mais non point en absence

à vos regards bienveillants, vos gestes attentifs

À votre présence généreuse toute en écoute de l'Autre

différent, étranger, éloigné, déboussolé

l'autre malade,vieillissant, mourant, oublié, occulté même.

Sans éclabousser, vous semez de l'espoir

des graines porteuses de pain et de paix

loin des terres aux productions contaminées par la cupidité impatiente.

Vous assurez la vigie constante tels des phares

sur les mers embrumées par l'aveuglement du pouvoir de tous les pouvoirs

Toute ma reconnaissance et ma gratitude aujourd'hui, chaque jour.

Et si « l'automne est le printemps de l'hiver »

soyons éclosion de lumière avec le tilleul et le mélèze

se délestant de leur couronne aurifère.


Soyons sérénité silencieuse avec la rivière

du reflet-frisson des teintes impressionnistes de ses rives.

Soyons confiance paisible qui se donne, s'abandonne

telle la forêt dépouillée en son automne

couvrant sous le manteau blanc de son hiver

les racines de son alliance fidèle au prochain printemps.


Soyons harmonie joyeuse qui nous réconcilie avec le temps

et les intempéries de notre condition humaine et planétaire

Soyons, et pourquoi pas jardiniers en action et en état de grâce!

« Gracias a la vida que me ha dado tanto! »


Lise Marchand - retraitée - @LiseMarchand -Joliette - Québec - le 12 octobre 2021

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Matins d’été

J’aime les matins chauds d’été.

J’ouvre grand la fenêtre pour l’entendre chanter.

Ça me rappelle mon enfance.

Comment décrire cette impression de matin d’été?

Ils ont ce petit quelque chose qui chatouille mon âme, un sentiment de grâce et de béatitude. C’est une sensation de bien-être, de beauté, de langueur et de fragilité. Que c’est beau, que je suis bien!

Je contemple cette luminosité spéciale, j’admire le soleil de juillet et sa promesse de chaleur accablante. Le bleu du ciel est atténué, le vert des plantes se fait discret, les fleurs et les fruits sont à pleine maturité. C’est l’abondance, la plénitude.

Je revois l’été de ma petite enfance :

La maison est sombre, les volets sont fermés pour empêcher la chaleur d’entrer. Seuls quelques rayons de lumière se faufilent pour m’inviter à célébrer l’été. J’entends le bruit de la rue, des autos et des passants se mêlant au concert des oiseaux. J’entends le bruit des pas de maman s’affairant à ranger la maison avant que la chaleur ne devienne insupportable, celui des enfants qui jouent, le tintement des cloches au loin et le tintamarre en sourdine de la vie dehors.

Je goûte la limonade fraîche et sucrée, les fruits de la saison qui éclatent et coulent dans ma bouche. On fera un pique-nique, les sandwichs seront enveloppés de papier ciré attaché de fil de coton blanc. Le pain sera frais et moelleux, la moutarde piquante. Ce sera bon et joyeux.

L’air tiède me touche du bout de ses doigts, me caresse, m’enrobe dans un cocon duveteux. Le soleil m’habille d’or et de clarté, il colore ma peau, blondit mes cheveux, rosit mes joues et met des diamants dans mes yeux.

Ça sent l’humidité, le sucré et les effluves des fleurs. Mon nez poursuit toutes les odeurs familières et se complait de ces parfums quotidiens : le pain grillé, les tomates mûres, les framboises rouges et succulentes, la rose et le géranium.

Je m’habille d’une robe légère, fraîchement repassée, aux couleurs de bonbon. Elle est plissée à la taille et possède un ceinturon qui se noue dans le dos en une boucle bien ordonnée. Maman tresse mes cheveux en deux nattes nettes et serrées. Elle y attache de jolis rubans. Je sens ses doigts caressant ma tête d’enfant sage.

Je suis prête, je vais jouer dehors. Ce sont les vacances. C’est l’été. J’ai toute la journée pour m’amuser, rêver, me prélasser dans la langueur de l’été.


Francine Grimard - auteure - illustratrice - Ste-Anne-de-Sorel - Québec - le 17 août 2021

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Le roi-soleil

Au petit matin le soleil se lève.

Il est un peu timide.

Lentement dans le ciel, il s’élève.

À pas de loup, tout doucement,

Pour ne pas déranger notre sommeil.

Puis, il prend de l’assurance.

Il rougeoie et flamboie.

Il monte toujours plus haut,

Éclairant tout sur son passage.

Et c’est la fête qui commence.

L’humanité débute le bal de la journée.

Les oiseaux exécutent leur joyeux concert.

Les fleurs s’ouvrent et se font belles,

Certaines s’inclinent pour le saluer.

Les arbres verdissent d’envie de lui ressembler.

Toute la matinée, il s’active.

Il s’enhardit et devient encore plus fort.

À midi, il est le roi superbe

Qui festoie dans le ciel azuré.

Pas à pas, il fait le tour de son royaume.

Embellissant tout ce qu’il touche.

Illuminant les maisons,

Rougissant les fruits de la saison.

Il fait mûrir les blés et les moissons.

Comme un alchimiste, il les transforme en or vibrant.

Il utilise la mer comme un vaste miroir,

Où se réflète sa splendeur.

Il transforme chaque goutte en diamant.

N’est-ce pas magnifique un tel scintillement?

Finalement il se retire,

Pour visiter un autre continent.

Il nous convie à un dernier spectacle.

Là-bas à la ligne d’horizon,

Il enflamme le firmament.

C’est un feu d’artifice de couleurs

Qui célèbre son couronnement.

Enfin, il disparaît.

Nous laissant un peu tristes

D’être privés d’un tel enchantement.

Mais, on sait que demain, il reviendra

Aussi beau, aussi fort,

Pour qu’on l’admire encore et encore.

Francine Grimard - auteure - illustratrice - Ste-Anne-de-Sorel - Québec - le 17 août 2021

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Spectacle matinal, un jardin qui n'est pas fermé


Chaque matin, je remercie pour les rayons du soleil qu'il m'envoie qui me caressent et me réveillent avec une infinie douceur et tendresse. Que c'est doux et bon. Un sourire, et la chaleur m'envahissent le cœur.

Est-ce le cadeau de son amour, de sa bienveillance ? Un avant-goût du bonheur de ma balade matinale à venir. Instant de grâce, il est tôt et le soleil se lève timidement, mais rassure de sa présence.

Quelques liserons sont encore endormis, couche-tard, lève-tard, quand d'autres couche-tôt, lève-tôt. Y a-t-il une fée, une belle endormie à l'intérieur ? Avançons doucement peut-être attendent-elles comme moi, la caresse qui va les sortir de leurs sommeils. D'autres matinales ont leurs corolles de dentelles ouvertes vers le ciel, remplies de grâce divine, joyeuses, elles respirent la vie. Elles se lavent à la perlée de rosée et se parfument de ses bienfaits. Rosée qui embellit la vie, fruit divin du jardinier amoureux de ses belles protégées.

Un tout petit escargot sort de sa maisonnette arpentant les feuilles d'orties. Il est bien jeune pour cheminer seul...

Un petit bonheur partagé est un bouquet de joie arrosé d'amour. Je contemple toutes ces merveilles qui me sont offertes chaque jour. Je poursuis ma route et découvre quelques vaches qui font la grasse matinée, des petits lapins profitent de l'espace inoccupé comme terrain de jeux. C'est le temps de toutes les folies, on court, on saute, quelle joie! Ils prennent toutefois garde de ne pas déranger leurs copines endormies.

Non loin, un merveilleux héron cendré profite de l'instant, se repose dans le pré d'herbe fraîche; je pourrais l'admirer pendant des heures entières. Il est si beau, si paisible, il m'apaise. Souvent je m'octroie ce plaisir de rester jusqu'à son envol. Il se tient si droit sur ses longues pattes, étend son cou et regarde autour, il explore, c'est un cœur solitaire lui aussi. Veut-il m'apprendre quelque chose, il me glisse en me regardant fixement qu'il est temps de renaître comme le phénix, de suivre ma voie, de me faire confiance, et de suivre mon instinct.

Il me dit que ma beauté est dans la joie et l'amour, et m'invite à suivre mon essence-ciel avec foi et force. Que lorsque j'aurai fait le grand plongeon à aimer de nouveau, oiseau divin me montrera le chemin. Puis il s'envole, et je reste admirative, devant ses grandes ailes déployées; il me montre avec quelle force et détermination il va de l'avant. Ô doux héron, confie-moi ton secret. Une plume tombe près de moi, un cadeau explicite qui me dit d'être ce "je", qui ne demande qu'à se révéler. Ô jeune fille me dit-il, explore ton toi intérieur, explore tes sentiments en vrai de vrai, développe tes talents, et affronte tes faiblesses.

C'est un enseignement du matin qui me remplit et me fait regarder droit devant moi. Gonflée d'énergie, je dis merci la vie.

© Gaëlle Lavisse - auteure - écrivaine - biographe - poète - ECQUES - Pas-De-Calais - France – le 2 août 2021

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Le vent

Je souffle où je veux.

Tantôt je frôle ta joue

Où décoiffe ta chevelure.

D’où je viens?

L’espace est mon domaine.

Le froid du nord me rend mordant.

Celui du sud une caresse.

Peu importe d’où je viens

et où je vais.

Mon chemin parcourt

le nord, le sud, l’est, l’ouest.

Quelque fois en sens inverse.

Je peux tout balayer

Sur mon passage.

Arbres déracinés.

Toits arrachés.

Si une pluie torrentielle m’accompagne

Alors là, abrite-toi

Je serai sans merci.

Le plus souvent

Je sème à tout vent

La paix sur la terre.

Yolande LeBlanc - retraitée - octogénaire - résidence Le Marronnier - Laval - Québec - le 21 juillet 2021

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La pluie

De retour d'une belle promenade matinale par ce doux dimanche de pluie, voici ce que la pluie et ses parfums m'ont inspiré.

Au retour, un bain de musique pour retranscrire mon ressenti et m'y plonger encore un peu plus.... Bel été même sous la pluie.

Il pleut, pas un petit filet d'eau, pas une petite bruine, mais une belle averse. Cette pluie bénie fait revivre et renaître du profond de la terre, ce qui était assoiffé. Des senteurs variées exhalent des jardins, des prairies, les parfums de terre, des parfums boisés, d'arbres, de fleurs, d'écorces, de pins. Tous ces parfums se mélangent, herbe haute, humus, mousse, haies, fleurs des champs, blés. La nature respire ces senteurs, s'en imprègne. Elles envahissent tout l'espace de mon chemin, les couleurs verte, marron, rose, bleu, jaune des fleurs, les différentes teintes des orties, des plus jeunes pousses au plus âgées. L'herbe fraîche et les feuilles d'arbres se perlent de cette eau.

La nature reprend des couleurs joyeusement. Elle se teinte, elle embaume. Plantes et fleurs se nourrissent de cette eau bénie venue du ciel : gouttes perlées de pluie, miroirs merveilleux, graines de lumière.

Les nuages disparaissent, et font place au soleil un court instant. Il perce, et dessine les contours de ses puissants rayons.

Je suis une fille de la pluie, j'ai grandi en l'aimant :


Pluie bénie, eau miraculeuse

tu nourris la terre dont je suis le fruit

je suis le fruit des larmes profondes ancrées

je suis le fruit des rêves espérés

je suis le fruit de prières exaucées

je suis bercée de la musique des anges

du chant de leur trompette et du chant des vagues de la mer

je suis arc-en-ciel dans un ciel d'étoiles

je suis cette passerelle irisée qui illumine

je suis la vie au parfum de miel

au goût sucré

je suis le mystère de la nature, de la terre mère avec qui je fais corps

je suis la fille qui arrive comme le soleil après la pluie

pluie fine ou forte je t'aime

sans toi, je n'existerais pas

je serais sec et aride

où étancherais-je ma soif?

si ce n'est à ta source


De retour de cette merveilleuse balade, et de cette pause écriture en musique, mes petits amis ailés et aimés m'accompagnent comme la symphonie des oiseaux de Mozart, petit étourneau, petite hirondelle et merle m'insufflent de leur chant mélodieux ces quelques mots. Oiseau prophète me laisse sa plume symbole de paix, de retrouvailles. Je l'écoute, je prête l'oreille, il me livre le plus beau des chants du haut de son arbre. M'attendait-il? Attendait-il que je mette la musique et ouvre la fenêtre pour qu'en cœur il sifflote à la fraîcheur de ce dimanche de pluie, et me dise qu’il aime la pluie, qu'il aime cette eau bénie, qu'il aime qu’elle te nourrisse, qu’elle te purifie, qu’elle le libère, qu'il aime qu'elle le lave.... qu'il l'aime parce qu'elle donne de l'éclat.

© Gaëlle Lavisse - auteure - écrivaine - biographe - poète - ECQUES - Pas-De-Calais - France - le 5 juillet 2021

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Les fruits de la terre


Par une journée semblable à celle d’aujourd’hui, chaude, mais sous une brise rafraîchissante, ma mère sort les casseaux et divers contenants après le diner et nous en remet chacun un. Elle a mis son tablier de sortie, son grand chapeau de paille et son bandana autour du cou. Elle dit tout simplement : On part à 1 heure. Apportez vos breuvages.

Nous voilà donc partis pour la cueillette des petites fraises des champs. Habituellement chez notre voisin, au bout de sa terre, c’est en friche et il y a de grandes talles de fraisiers. Lui ne va jamais aux fraises. (C’est le cousin de mon père et il n’y voit pas à redire, au contraire il est bien heureux que nous en profitions).

Ma mère a le don de trouver les meilleurs endroits où les fraises sont en abondance et comme elle est très habile à cueillir, elle remplit ses récipients très rapidement. Généreuse aussi, elle aide les plus lents à remplir les leurs. En deux heures à peine, tous les contenants sont pleins et nous sommes de retour à la maison, fourbus, grillés, mais heureux de notre cueillette. L’autre tâche est de tout équeuter. Tout en chantonnant on s’y met et ce n’est pas long que maman est en mesure de faire ses confitures. Selon la quantité cueillie, il nous est déjà arrivé de faire une mise en conserve de 8 pots Mason d’un litre. Habituellement nous y allions au moins deux fois dans une saison. C’est si bon.

Autre fruit que nous aimions cueillir, ce sont les cerises. Le long de la voie ferrée il y avait une bonne quantité de cerisiers. Pour les faire murir et les conserver, nous les plongions dans des pots remplis d’eau et de sel que nous allions ensuite déposer dans le foin, à l’intérieur de la grange. Elles restaient fermes et nous pouvions les garder plusieurs jours avant qu’elles soient trop amollies.


Il y avait aussi les bleuets… Un de mes frères allait au Lac Saint-Jean en ramasser et il revenait avec des chaudières pleines, mais on pouvait aussi en cueillir pas loin de chez-nous, chez un de mes oncles, à l’orée d’un grand bois. Autre endroit où l’on pouvait trouver des baies à profusion : à Saint-David, chez des amies qui cultivaient des framboisiers ; vu la quantité, je pouvais aller cueillir autant de framboises que je voulais. Malheureusement, même s’il est très bon au goût, j’ai de la difficulté avec ce petit fruit.

Remercions Mère Nature pour ces douceurs si agréables à cueillir et à manger. Et bonne saison de cueillette !

Gilles Capistran – retraité – natif de St-Robert – autodidacte – Longueuil – le 6 juin 2021

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Foin de baie ou de marécage

Il y a environ soixante-dix-ans, certains cultivateurs de la région de Sorel avaient des droits de récoltes de foins de baie à la Baie-du-Fèvre, dont entre autres mon père et un de mes oncles, Raphaël.

Une catastrophe est survenue. En effet, incendie s’est déclaré dans cette immense étendue de fourrage. Je ne me souviens pas si la cause a été déterminée. C’était la période juste avant la récolte, donc le foin était mûr, sec.

En ces temps-là, la municipalité n’avait pas l’équipement moderne d’aujourd’hui pour lutter contre un incendie surtout devant une si grande étendue, soit de dizaines d’hectares.

Comme ce terrain est extrêmement mou, il ne pouvant supporter le poids d’un camion à incendie. Il a fallu lutter à mains d’hommes. Heureusement à proximité, il y avait une petite rivière, mais peu profonde.

Les hommes, qui venaient de partout, installèrent des pompes qu’ils branchèrent à des tuyaux d’incendie fournis par les pompiers appelés sur les lieux. Ceux de Pierreville et ceux de Sorel. Mais cela ne suffisait pas, vue l’étendue et l’ampleur des feux.

Des dizaines d’hommes avec pics, pelles, faucilles travaillèrent d’arrache-pied pour creuser des espaces coupe-feux de très grandes largeurs possibles et aussi très profondes, car si celles-ci ne sont pas assez profondes et larges, le feu les traverse.

À un certain moment, il y avait près de cent combattants sur place. En plus de vouloir sauver la récolte, il fallait protéger des habitations pas tellement éloignées. Ce n’est qu’au bout d’une semaine qu’enfin ils ont réussi à éteindre cet incendie ravageur.

La récolte de cette année-là fût perdue.

Ce foin des marécages selon ce que l’on en disait à l'époque, était très riche en vitamines pour les animaux et ceux-ci l’appréciaient beaucoup pour sa saveur salée. Il ne fallait pas en donner beaucoup à la fois. C’était comme un supplément alimentaire. Comme le lieu de culture n’était pas facilement accessible, les cultivateurs y allaient seulement lorsque la récolte régulière de foin n’était pas des meilleures. Il pouvait se passer plusieurs années où ce foin de baie n’était pas récolté.

Gilles Capistran - retraité - autodidacte - Longueuil - Québec - le 15 novembre 2021

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