Le choix

Repousser tes limites

Au tout début tu vois les barreaux de ton lit

Et puis tu vas apprendre à les escalader,

Tu ouvriras les placards pour les explorer

Jusqu’à ce que maman te dise : « Non, mon petit ! »

Tu porteras à ta bouche les objets trouvés

Pour en connaître la nature et les goûter

Mais papa te les arrachera sans attendre

En te tapant la main pour bien te faire comprendre.

Tu iras à l’école où il faudra te taire,

T’assoir dans le calme pour écouter la maîtresse,

Réfréner ton énergie d’enfant et ton allégresse

Pour te plier aux règles d’un ordre grégaire.

Tu vas grandir et intégrer tous les préceptes

Allant parfois t’en rajouter des plus ineptes.

Tu te bâtis tout seul ta prison personnelle

Et tu deviens ton propre tyran sans cervelle.

Une société ne peut survivre sans des lois,

Et ses membres possèdent tous des devoirs et des droits.

Pour tout le reste, tu peux décider librement.

Cesse de te créer toi-même des murs limitants.

Pense autrement parce que tu as toujours le choix.

Si tu veux le faire, motive-toi et crois en toi,

N’écoute pas ceux qui te disent que c’est impossible,

Continue avec ton courage indéfectible.


Danièle Comparetti - infirmière - blogueuse - hemodyrea.canalblog.com - Tours - France - le 17 novembre 2021

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Sans-abri

Elvis, avocat de profession, exerce le droit depuis longtemps. Des heures irrégulières et des journées trop longues ont créé de nombreux différends dans sa vie familiale. Un divorce s’en est suivi ainsi que l’abandon de ses enfants. Ils ont pris parti et se sont rangés du côté de leur mère. Alors Elvis rentre au travail de plus en plus tard, en ressort de plus en plus tôt et l’alcool absorbé plus fréquemment lui sert de repas. Il n’a pas faim, il boit. Son salaire ne suffit plus à sa subsistance. Il vend tout. Il vivra dans une grande ville où tout est à portée de main et anonyme. Il y retrouvera le bonheur perdu, assurément.

Errant, ne sachant que faire de cette trop courte journée suivie d’une si longue nuit, il se joint à un groupe de la rue. Chacun y est maître de son coin mais Elvis en meneur qu’il est, transforme rapidement les règles de survie. Il sera le King en imposant ses volontés qui ont, en apparence, l’odeur du mieux-être. Tout comme un chef de bande, il contrôle, à sa manière, la survie du groupe. On lui doit sa part, au grand dam de ses comparses, ayant quémandé quelques sous ou quelques nourritures, ici et là.

Le King devenu malheureux de son sort se sent abandonné, rejeté, pour une deuxième fois. Il devient maître de sa propre survie, sans aucun soutien. Il sombre de jour en nuit dans un état de conscience modifié par des drogues de plus en plus dures. Le tunnel se rétrécit et devient de plus en plus sombre aussi. Où est la sortie? Y a-t-il quelqu’un au bout qui le prendra en charge pour une nuit? Il a si froid. Si seulement ce linceul recouvrant tout se transformait en une douillette bien chaude. Juste à y penser, il en frissonne de joie.

Hélas, ce soir, il s’endormira recroquevillé en une boule presque inerte, en se demandant si demain, au lever du jour, il sera de ce monde ou dans un ailleurs plus clément. Oubliant son si grand chagrin, après avoir avalé tous les liquides l’entourant, il sombre dans un sommeil agité comme s’il se noyait sous la glace. Elvis se réveille au poste de police où il fait chaud. Il croit rêver. Qu’il fait bon retrouver une chaleur et des couvertures bien chaudes. Il referme les yeux par crainte de perdre ce moment à tout jamais. Au fait, quand a-t-il ressenti ce bien-être la dernière fois? Il y a si longtemps. Combien de jours? De semaines? De mois? D’années? Il a perdu la notion du temps. Il a soif. Très soif. Il a mal à la tête, aux membres et tout son corps le fait frémir de douleur. Il réalise qu’il est ici, maintenant, dans le présent. Doit-il remercier ou maudire?

Est-il prisonnier du temps ou est-il maître de ce temps?

Que sera son choix?

Angéline Viens – retraitée de l’enseignement – Manoir Brossard – Québec – Canada – 10 novembre 2021

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Le capitalisme

L’essence du capitalisme est la recherche de profit et l’accumulation de richesses. C’est le système économique le plus adopté dans le monde. On travaille, on gagne des sous qui nous permettent d’acquérir des biens de consommation. De nouveaux biens arrivent constamment sur le marché rendant désuets ceux qu’on a déjà même s’ils sont relativement récents. Les produits que l’on consomme sont souvent sans rapport avec nos besoins réels. On accumule de plus en plus de biens et d’argent.

Quand on achète du pain, qui se questionne des personnes qui ont semé et récolté le blé ou sur ceux qui l’ont cuisiné, pétri et enfourné? Quand on achète du bœuf, du porc, du poulet ou toute autre viande, qui se préoccupe de ceux qui ont pris soin de ces bêtes, les ont nourris, nettoyés, soignés. Qui s’intéresse à ceux qui travaillent aux abattoirs, qui les débitent, les emballent et les acheminent dans les établissements qui les vendent? On pourrait en dire autant de tous ceux qui ont fabriqué nos souliers, nos bottes et notre linge.

Il a fallu une catastrophe en 2013 pour sensibiliser les gens au travail ardu des travailleuses du vêtement : un immeuble vétuste au Bangladesh où travaillaient 5000 femmes pour un salaire de misère s’est effondré faisant 1127 morts.

Le capitalisme moderne date du XIX siècle avec la révolution industrielle. Les productions de plus en plus importantes en volumes, et les produits de plus en plus complexes nécessitent des investissements de plus en plus grands. Les machines ont permis aux hommes d’accéder à une société où les biens sont plus abondants grâce à l’augmentation de la productivité.

Dans l’histoire du monde, le capitalisme est-il synonyme d’évolution? Puisque ce système est adopté par la majorité des pays dans le monde, je suppose que oui. Est-ce que cela signifie pour autant la fin des inégalités dans le monde?

Je n’ai jamais eu à me plaindre du système capitaliste considérant que je suis du bon côté mais tous n’ont pas cette chance. J’avais besoin de réfléchir à ce sujet. Ce n’est que progressivement tout au long de ma vie, que j’ai pris conscience que mes valeurs d’être étaient autrement supérieures à mes valeurs d’avoir.

Lorraine Charbonneau – Retraitée de la Fonction publique fédérale – Résidente du Marronnier - Laval – envoyé le 17 septembre 2021

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Incendie

C’était une belle matinée agréable puisque le soleil brillait de tous ses rayons sur la neige blanche, fraîchement tombée la veille, en soirée. J’ai ouvert la garde-robe, j’ai agrippé mon manteau, mon bonnet et mes gants de laine, puis je me suis engagée dehors afin de profiter de cet air vivifiant. Je me suis promenée dans mon entrée, de la route à la maison, faisant continuellement des allers-retours.

Soudain, une dizaine de minutes s’étant écoulée, j’aperçois de la fumée derrière la maison de mon voisin. Je m’empresse de revenir chez-moi. J’y entre rapidement, et je dis à mon mari de téléphoner aux pompiers, parce qu’il y a le feu chez Yannick. Mon conjoint se précipite sur son appareil cellulaire et gère l’appel en un tour de mains. En hâte, je retourne dehors au même endroit qu'auparavant et je ne sais pas trop quoi faire de plus, car tout cela me rend nerveuse. Brusquement, à l’improviste, je me vois percuter par le chien de Yannick qui me saute dessus, et demande à se faire caresser. Il veut jouer, mais moi, je suis inquiète et j’ai la tête ailleurs. À ce moment-là, cette apparition est venue me déclarer un certain karma. C’est alors que je lance des questions à voix haute, au hasard, car je ne sais pas où se trouve son propriétaire. Un frisson d'appréhension me transperce l’échine lorsque mon esprit effleure mon interrogation. Est-il dans la maison qui brûle ou sur le terrain, courant après son animal? Normalement, cette bête ne met le nez dehors qu’avec son maître. J’observe, et je me dis qu’il doit pourtant être quelque part, à chercher son chien après l’avoir sorti de l’incendie. Je l’appelle, Yannick! Yannick! Personne ne rétorque à mes cris. Se déclenche chez moi un questionnement insoutenable, du souci je me fais, face aux circonstances devenues dramatiques.

Demeure calme, je me répète, mais je me laisse emporter par l’énervement car les intervenants en incendie n’arrivent toujours pas.

Finalement, au lointain, je distingue les sirènes des camions rouges se rapprochant. Le feu a pris de l’ampleur et il a agrandi son territoire. Je crains même pour notre maison.

Finalement, nous apprenons de l’union de l’escouade criminelle présente sur les lieux qu'Il s'agit d'un homicide. Yannick est bel et bien décédé dans la maison. Sa vulnérabilité à la drogue l’a confronté à des gens peu recommandables. Il s’est décidément agrippé au mauvais wagon et malheureusement, il s'est construit une vie mal rangée. Il aurait pu se contenter de son xérès le week-end, puisqu’il adorait cette boisson, mais il en consommait plus qu’il ne pouvait en ingérer. Pauvre Yannick, il ne se donnait pas une existence commode, même s’il laissait croire qu’il y prenait beaucoup de plaisir.


Après coup, je me questionne sur lui : se croyait-il zen lorsqu’il se bourrait le nez de substance illicite, et lorsqu’il était sobre, qu’est-ce qui l’empêchait d'être heureux?

Pauline Couture - Autrice - Illustratrice - Animatrice - Artiste peintre - Saint-Ours - Québec - le 3 août 2021

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Choisir d'être heureux

On dit que les gens heureux n’ont pas d’histoire. Toute ma vie je me suis efforcé d’être heureux parce que j’ai considéré qu’il est stupide d’être malheureux. En fait, c’est un peu plus compliqué que ça. On peut très bien se complaire dans sa peine après un malheur ou un coup dur. Il faut vivre sa peine sans essayer de l’escamoter, sinon elle risque de ne pas guérir. Cependant, ça doit être temporaire sinon ça devient malsain, et la peine prend alors une tout autre dimension. Elle dépasse l’événement et devient la fin en soi.

Donc, est-ce que j’ai une histoire? Si j’en ai une, ce n’est pas une histoire triste. Bien sûr j’ai eu des coups durs, comme tout le monde. J’ai eu mon lot d’emmerdes, de déceptions, de coups fourrés, d’amours déçus. Quand ça m’arrive, je deviens submergé par ma peine et ça affecte tous mes instants. Après un certain temps, dont la longueur dépend de l’importance du coup dur, je reviens à la vie et à l’optimisme.

Toute ma vie aussi, je n’avais pas trop de patience pour les déprimés chroniques qui voient toujours tout en noir. Je n’avais pas trop de patience non plus pour les victimes qui se sentent constamment agressées par la vie et par les autres. Je croyais, à tort ou à raison que c’était un manque de recul et d’intelligence. Ce sentiment était renforcé par le fait que les gens déprimés sont souvent des gens gâtés par la vie et qui devraient être heureux. Ce sentiment vient probablement de mon éducation. Dans ma famille on n’avait pas le temps d’être déprimé. On travaillait tout le temps, pour survivre. Un autre exemple : j’ai souvent remarqué que les enfants élevés par des parents égoïstes et inadéquats s’en tirent bien la plupart du temps. En contrepartie, je n’ai jamais rencontré d'enfants gâtés heureux. Ils sont souvent les premiers à blâmer leurs parents pour tout et pour rien. Je constate aussi que les gens handicapés ont le sourire aux lèvres généralement.

Il y a quelques mois, je lisais en diagonale le courrier du cœur d’un journal. La dame affirmait sans nuance que tous les malheurs de sa vie venaient du fait qu’elle était l’enfant du milieu. Mon opinion est que cette dame n’a pas eu assez de misère dans sa vie, comme disait mon père. Ça me semble un cas typique de victimisme.

J’emploie le passé quand je dis que je n’avais pas de patience pour les malheureux chroniques. Avec l’âge j’ai appris à pondérer mes opinions. La dépression peut être une maladie. En tout cas, elle n’est la plupart du temps pas voulue.

La grande question est : si on est un malheureux chronique, est-ce qu’on en guérit? Malheureusement, je crois que non, mais on peut s’améliorer.

Raymond Lafrance - ingénieur - Montréal - Québec – le 1er juillet 2021

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