Dignité

Le rat dans la soupière

Le rat dans la soupière, j’ai retrouvé cette situation dans mon pays de naissance, au retour d’Afrique. À cette époque, je devais avoir onze ans. Lorsqu'en classe, la question a été de savoir d’où je venais, le surnom nègre blanc m'a encouragé à faire l’école buissonnière.


Sans pouvoir m'expliquer, mon père m'inscrit en pension chez les frères des écoles chrétiennes. Là, je me suis senti comme le rat dans la soupière et quand je me rebellais, clac! Mille lignes le dimanche. Quelques années plus tard, ne pouvant pas accéder aux études de mon choix, ma mère m'envoie travailler en usine, puis le service militaire obligatoire et enfin un système éducatif qui ferme sur moi le couvercle de tout espoir.


Je quitte le pays sur notre voilier avec ma compagne et ma boîte de peinture. L'opportunité m'amène à rencontrer, en Polynésie, un mécène. Pendant mon apprentissage avec cet artiste des beaux-arts, mon maître a résumé ma situation.


Pour en venir à une anecdote qui m'est arrivée dernièrement: installés à Sorel-Tracy depuis notre retraite, alors que nous étions au supermarché, ma compagne et moi nous nous faisons chicaner par la caissière. Tandis que je donne mes explications, un client derrière ma conjointe me lance des insultes à propos de mes origines. Il y a bien longtemps que j'ai entendu de telles insultes à propos de mon état d’émigrant. Je me suis senti si offensé que je cherche encore à échapper à la soupière, et le couvercle de mes origines me tombe dessus une nouvelle fois.


Je comprends, et cela depuis ma jeunesse, le pouvoir lâche et dévastateur de la ségrégation lorsqu'il est exprimé en public sur une personne différente.

Dominique-François Rochefort - peintre-graveur - Sorel-Tracy - Québec - le 25 avril 2022

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L’âgisme, une forme d’intimidation


Quand des regroupements parlent d’intimidation dont les personnes âgées sont victimes, notamment, la maltraitance physique mais de plus en plus psychologique, ils ajoutent l’âgisme. C’est une face cachée de l’intimidation. Elle est subtile, insidieuse, répandue dans toute la société et elle crée des tensions intergénérationnelles inutiles.


Parmi les exemples d’âgisme, mentionnons celui d’affirmer que le vieillissement est la cause de la hausse des coûts de la santé. En premier lieu passe le coût des médicaments, le salaire des médecins, les nouvelles technologies et les investissements en immobilisation. Donc le vieillissement arrive au cinquième rang de ces facteurs.


Puis viennent les dirigeants de toutes ces résidences qui poussent comme des champignons, de leur opportunité d’accumuler des tonnes de profits provenant directement du compte bancaire de leurs résidents. Tout est prétexte à une augmentation des services connexes à l’hébergement.

Dans ces lieux, cette intimidation revêt différentes formes et différents visages. Il faut être très critique pour les débusquer. Les employés sont le reflet des dirigeants. Et qui sont ces dirigeants à part des gens d’affaires? Combien d’heures de formation donnent-ils à leurs travailleurs pour leur permettre d’intégrer le code d’éthique afin de bien accomplir leur tâche de manière plus humaine et plus respectueuse.


L’intimidation et le harcèlement sont souvent difficiles à cerner et malheureusement très rarement dénoncés par ceux et celles qui en sont victimes. Les bénévoles des lignes téléphoniques sont démunis pour aider. Ils lancent la balle à d'autres organismes démunis aussi.


Madame la ministre des aînés, quand y aura-t-il une police des résidences, anonyme, pour découvrir les harceleurs et intimidateurs? Quelqu’un qui saura reconnaître des gens de grandes expériences que sont ces gens qui y résident.

Angéline Viens - retraitée de l'enseignement - lauréate d'un concours littéraire en 2007- Brossard - 9 octobre 2021

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Ceux de la rue

Je les ai regardés

Pourtant je n’ai rien vu,

Mes yeux étaient fermés

À chaque coin de rue.


Pourquoi étaient-ils là,

Cachés dans des cartons

Amassés ça et là,

Au milieu des haillons ?


Je ne voulais pas voir

Ce qui me dérangeait ;

Je changeais de trottoir.

Au fond je m’en voulais


Puis enfin j’ai osé.

De paroles en paroles

Ils m’ont tout raconté,

Pourquoi ils sont au sol.


Bousculant ma conscience,

J’ai compris que la vie

Chavire l’existence

Même des plus nantis


Maintenant je regarde.

Personne n’est à l’abri

De perdre par mégarde

Tout ce qu’il a acquis.

Neuville, octobre 2014

©Simone Kokot - retraitée - Chasseneuil en Berry - France - le 9 juillet 2021

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